Avoir une boutique, est-ce payant?

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Lorsque leur activité s'y prête, certains artisans optent pour un local commercial ayant pignon sur rue. Si la boutique constitue une vitrine de choix pour la prospection, elle engendre néanmoins quelques contraintes.

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Lorsqu'ils attendent le train dans la gare de Courbevoie (Hauts-de-Seine), les usagers des transports en commun ont une vue plongeante sur la vitrine d'Alain Duch, franchisé Domireva (plomberie-chauffage, spécialisée dans les énergies renouvelables). «Ma boutique est un support marketing incomparable, témoigne le gérant. Tous les soirs, entre deux à trois personnes y passent après leur travail pour se renseigner sur nos réalisations.» Pour lui, il s'agit du deuxième vecteur le plus important pour toucher des clients - le premier étant le bouche à oreille - suivi de l'annuaire PagesJaunes. Mais pour un impact maximal, l'emplacement de la boutique doit être choisi avec soin. C'est pourquoi, lors de la création de son entreprise en juillet 2007, Alain Duch a vérifié de visu que le flux de chalands était suffisant pour lui assurer une visibilité satisfaisante. De la même façon, Bernard Bonan, dirigeant de MSB, une entreprise de rénovation située à Clamart (Hauts-de-Seine) a conservé sa boutique de 50 m2, après avoir abandonné son activité de vente de meubles en raison de son emplacement de choix: sur un axe fréquenté du centre-ville, à proximité du marché pour un loyer de 500 euros mensuels «80% de mes chantiers proviennent de clients qui ont noté mon numéro de téléphone en passant devant la vitrine estime l'artisan. S'ils ont un projet de rénovation à long terme sans avoir encore réalisé de démarches, la vitrine peut constituer un déclic.» Mais, élément essentiel, l'aspect de la boutique doit impérativement être impeccable. «C'est le reflet de l'entreprise, souligne Alain Duch, de Domireva. Si la façade n'est pas entretenue, le prospect peut s'imaginer que ses propres travaux ne seront pas soignés.» Le gérant a donc rénové sa devanture lors de son installation dans sa boutique de 28 m2, dont le loyer s'élève à 1 100 euros par mois. Il a repeint la façade en vert et blanc, pour représenter les énergies renouvelables, tout en valorisant les informations indispensables: numéro de téléphone et horaires d'ouverture. Le tout pour un investissement de 6 000 euros HT.

Située en face d'une gare, la boutique d'Alain Duch bénéficie d'une grande visibilité.

Située en face d'une gare, la boutique d'Alain Duch bénéficie d'une grande visibilité.

Une boutique qui fait office de showroom

Alain Duch a également réaménagé l'intérieur, pour 3 000 euros HT supplémentaires, façon showroom. Il y présente notamment une chaudière à condensation «éclatée», c'est-à-dire sans revêtement, qui constitue un support pédagogique de choix pour expliquer son fonctionnement aux prospects. Un espace bain, contenant une douche et une vasque figure également dans le magasin tout en étant visible de l'extérieur. Une idée que Bernard Bonan souhaiterait aussi mettre en oeuvre dans sa boutique à Clamart, afin de «déclencher le désir des passants». Mais la fonction showroom n'est pas adaptée à toutes les activités du bâtiment: si une entreprise de rénovation ou de plomberie-chauffage peut démontrer ainsi son savoir-faire, l'intérêt est moins évident pour une entreprise de gros oeuvre, par exemple. Mais lorsque le secteur d'activité s'y prête, la boutique constitue un atout de taille pour les artisans, comme l'explique Bernard Bonan: «c'est rassurant pour les clients d'être reçus dans un lieu professionnel, prévu à cet effet, et non au domicile de l'artisan comme cela arrive parfois». Pour Nicolas Daumont fondateur et président d'Illico travaux, un service de courtage en travaux qui travaille en partenariat avec les artisans du bâtiment «c'est un gage de crédibilité professionnelle, assure-t-il. Le client aura plus facilement confiance en un artisan qui a pignon sur rue. De même, il est sûr de pouvoir le contacter sans difficulté s'il a des réclamations à propos de la réalisation du chantier.»

Cependant si elle présente des avantages, la boutique engendre aussi quelques contraintes. Pour montrer aux prospects que vous êtes joignable facilement, il est préférable d'assurer des horaires d'ouverture fixes. Une astreinte impossible à assurer si vous êtes seul dans votre entreprise, comme c'est le cas de Bernard Bonan. «Je suis souvent sur les chantiers, donc les horaires d'ouverture sont aléatoires, le contact se déroule davantage par téléphone que de visu», explique-t-il. Avec ses six employés, Alain Duch est mieux armé pour faire face à la demande. Il a d'ailleurs embauché une hôtesse d'accueil à mi-temps pour répondre au téléphone car les appels sont trop nombreux pour être réceptionnés par l'assistante, chargée des devis. «C'est la rançon du succès» conclut l'entrepreneur, philosophe. Pour augmenter le nombre de chalands franchissant sa porte il a pour projet de diffuser en vitrine un DVD montrant les réalisations de son entreprise.

CELINE KELLER

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