Comment travaillera l'artisan de demain?

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Les entreprises artisanales se doivent de garder le cap de la croissance. Les nouvelles technologies de l'information et de la communication sont là pour les y aider. Encore faut-il que les artisans se rendent compte du temps que celles-ci peuvent leur faire gagner.

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Depuis dix minutes, Maurice Besnard, plombier à Sarlat, en Dordogne, cherche dans sa sacoche les coordonnées d'un fournisseur de chaudières à condensation afin de proposer à son client le meilleur rapport qualité/prix. S'il avait eu un Pocket PC, connecté à Internet par wi-fi, il aurait pu présenter la gamme de produits disponibles via le site Web du fournisseur, établir un devis en ligne, et même passer commande en temps réel. Un scénario futuriste? Pas du tout. Ces technologies sont désormais accessibles et peuvent faire gagner un temps considérable dans le pilotage quotidien de votre activité. «Une entreprise ne peut vivre et se développer que si elle facture et gagne de l'argent, rappelle Michel Calmy, président de la Fédération BTP 77. Les artisans y consacrent un temps parfois très important, surtout lorsqu'il faut répondre à des appels d'offres ou joindre plans et relevés, faire des études en amont de fournitures, main-d'oeuvre, sous-traitance, calculer ses marges, etc.»

Afin d'aider les artisans du bâtiment à mieux intégrer les technologies de l'information et de la communication (TIC), la Fédération française du bâtiment (FFB) a lancé, en 2006, le programme e-bat Enquête réalisée en avril 2005 en Seine-et-Marne auprès de 30 entreprises artisanales du bâtiment, dans le cadre du programme e-bat. . L'objectif? Faire «gravir aux artisans une à une les marches de l'escalier informatique». Trente entreprises de Seine-et-Marne ont été choisies pour en être les pilotes. «Nous avons pris en compte leurs pratiques actuelles, puis nous avons tenté d'identifier les freins et contraintes qui peuvent gêner l'usage quotidien de ces outils», commente Michel Calmy. Les besoins des artisans ont aussi été entendus. Ils sont nombreux à reconnaître la nécessité de suivre, au plus près, leurs chantiers, leurs clients, leurs fournisseurs comme leurs marges et leur trésorerie. Encore faut-il que les solutions proposées ne les obligent pas à se transformer en spécialistes informatiques.

Des outils mal exploités

 

Pour l'heure, si plus des trois quarts des entreprises interrogées lors du programme e-bat possèdent un ou plusieurs ordinateurs, il n'est pas rare de voir cohabiter des équipements périphériques récents avec des PC totalement obsolètes, empêchant toute exploitation performante. Nombre d'ordinateurs, dédiés à une fonction bien précise, impliquent de se déplacer d'un poste à l'autre pour travailler. Quant à la mise en réseau et l'utilisation du haut-débit, elles restent hypothétiques. Concernant l'usage des PC portables, des assistants personnels (PDA) ou autres Tablet PC, la majorité des dirigeants n'exprime pas le souhait d'y recourir. En même temps, beaucoup rêvent d'accéder partout à des données distantes. Agnès Amelin, peintre en bâtiment en Gironde, a trouvé la parade. Elle n'a pas encore investi dans un PDA communicant, mais se sert de son téléphone portable comme d'un standard: «Je réceptionne ainsi les appels des clients et de mes partenaires. La fonction Mémo me permet aussi de créer des alertes pour ne rien oublier.»

Rompre l'isolement

 

Afin de permettre aux artisans de travailler plus efficacement pendant leurs déplacements et de maintenir un lien permanent avec leur entreprise, la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) vient de lancer Mobibat. Conçue par Orange, Capgemini et Microsoft, en association avec les principaux éditeurs de logiciels, cette solution de mobilité permet d'échanger les données essentielles au travail de l'artisan: rapport journalier d'activités de chantier, devis et factures, gestion des interventions, consultation des fichiers clients et catalogues de pièces, prise de photos sur site. «Nomades au quotidien, les artisans ont toujours besoin d'échanger entre le bureau et le terrain», affirme Sabine Basili, administratrice de la Capeb. Mobibat, qui coûte environ 80 euros par mois, est proposé sous la forme d'un pack incluant un ordinateur de poche communicant, un logiciel, un accès au serveur et un espace privatif sécurisé de sauvegarde de données. Nicolas Caligaris, gérant d'une entreprise d'électricité à Nice, est l'un des premiers à l'avoir testé. «Auparavant, les petits devis étaient laissés de côté au profit de plus gros chantiers, confie-t-il. Avec Mobibat, je réalise mon étude de prix directement devant le client, je l'envoie à ma secrétaire qui n'a plus qu'à l'imprimer.» Idem pour les petites interventions: l'artisan avait pris la mauvaise habitude de laisser traîner des factures de 20 à 40 euros avant de les adresser aux clients. «Aujourd'hui, je n'ai plus aucun retard dans ma facturation, elle part dès le chantier terminé et sans que l'ouvrier ait besoin de revenir au bureau.»

En outre, les professionnels sont nombreux à envisager de transmettre leur entreprise dans les années qui viennent. Mais comment organiser la cession quand le seul détenteur du savoir de l'entreprise est précisément celui qui la quitte? «Les artisans souhaitent se doter de logiciels de gestion permettant d'assurer le suivi de l'activité par le repreneur», affirme Frédéric Canevete, chef de marché Bâtiment chez l'éditeur de logiciels Ciel, partenaire de l'opération. Et par là même, disposer d'éléments objectifs (fichiers clients, historique chantiers, compétences, références...) propres à en faciliter la valorisation. De quoi, déjà, songer à l'artisanat d'après-demain...

Témoignage

Fabienne Adamski, gérante d'une entreprise de maçonnerie et couverture en Seine-et-Marne


«J'ai appris à travailler différemment»


Depuis que son entreprise fait partie des 30 sociétés pilotes du programme e-bat, qui aide les artisans à maîtriser les outils informatiques, Fabienne Adamski «a appris à travailler différemment». Entretien, réunions de deux heures ou plus, essais de logiciels... «Il n'y a rien d'obligatoire, nous pouvons suivre les modules qui nous intéressent». Comme «tout est bon à prendre, d'autant plus si l'on vous l'offre», elle suit deux ateliers mensuels pendant quatre mois. Elle s'est constitué un bureau virtuel, via le portail e-bat (www.e-bat.org), qu'elle construit selon ses besoins de gestion et d'organisation. Par ce biais, elle trouve tous les logiciels et les mises à jour dont elle a besoin. Les tableaux de bord proposés lui donnent une vision rapide de l'état de son entreprise, tant du point de vue commercial que de la trésorerie. «Le temps gagné sur tous les aspects administratifs est conséquent, affirme Fabienne Adamski. Le plus spectaculaire, c'est sur les devis. Avant, cela pouvait me prendre deux heures, contre dix minutes aujourd'hui.»

Repères

- RAISON SOCIALE: Entreprise Adamski
- VILLE: Vaudoy-en-Brie (Seine-et-Marne)
- DIRIGEANTE: Fabienne Adamski, 49 ans
- EFFECTIF: 5 salariés
- CA 2006: NC

Faustine Sappa

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