Conquérir le marché du bâti ancien

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La restauration des bâtiments anciens est un marché d'avenir. Mais comment se positionner et valoriser son savoir-faire? La réponse tient en deux mots: formation et communication.

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Evalué à plus de 400 000 édifices par la Fédération française du bâtiment (FFB), le patrimoine bâti ancien constitue un marché attractif pour les artisans. Conscientes de l'enjeu qu'il représente, les organisations professionnelles s'y sont d'ailleurs positionnées depuis plusieurs années.

Leur objectif? Permettre à leurs adhérents de répondre aux attentes de clients de plus en plus exigeants. «Ces derniers recherchent une capacité d'analyse et de conseil sur les travaux à mener et sur les matériaux à utiliser», explique-t-on ainsi à la Fédération française du bâtiment. Pour aider les entreprises dans leur démarche de prospection du marché du bâti ancien, la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) et la FFB ont donc mis en place une formation spécifique. Celle-ci s'avère d'autant plus utile que, souvent, les travaux de rénovation ne sont pas encadrés par une maîtrise d'oeuvre, et que l'artisan est l'interlocuteur privilégié du client.

Christophe Sadok, formateur depuis deux ans, observe d'ailleurs une vraie demande, notamment parmi les menuisiers et les tailleurs de pierre. «La formation Patrimoine bâti ancien mise en place par la FFB leur donne une méthode pour conseiller leurs clients. Elle leur permet aussi d'avoir des valeurs communes quand ils ont affaire à un architecte.»

Le cahier des charges, élaboré par une commission de professionnels et d'experts, est volontairement concret et pédagogique: connaissances indispensables sur les styles et techniques, les matériaux, mais aussi pathologies des bâtiments et remèdes allant avec, aides financières, etc. La formation s'adapte aussi aux besoins des entreprises. Ainsi, la prochaine session doit-elle accorder davantage de place à la pratique: «Nous allons désormais effectuer deux journées sur site, avec une alternance de théorie et de pratique confrontée à la réalité», annonce Christophe Sadok.

Entre formations et opérations de communication, comme la Journée nationale du patrimoine de pays, les artisans cherchent à faire valoir leur savoir-faire.

Entre formations et opérations de communication, comme la Journée nationale du patrimoine de pays, les artisans cherchent à faire valoir leur savoir-faire.

Se faire connaître et reconnaître

De son côté, la Capeb a créé, il y a maintenant dix ans, un Certificat d'identité professionnelle (CIP) Patrimoine. Trois orientations ont guidé sa mise en place. D'abord, la nécessité de faire reconnaître le savoir-faire des artisans sur ce marché. Ensuite, la volonté de faire travailler ensemble les différents acteurs. Enfin, le désir d'aider le public à identifier les professionnels compétents.

André Cottenceau, tailleur de pierre et maçon dans le Maine-et- Loire, a été l'un des premiers à l'obtenir, il y a dix ans. Il a constaté sur le terrain que le terme «patrimoine» n'est pas forcément une référence. «Aujourd'hui, tout le monde utilise ce mot», regrette-t-il. C'est pour faire la différence et permettre d'être repérable plus facilement qu'il a entrepris la démarche pour obtenir le certificat, «qui n'a rien à voir avec une qualification», précise- t-il. Le CIP Patrimoine implique de suivre une formation de quatre jours (1 000 euros avec possibilité d'une prise en charge par le fonds de formation) et de disposer d'au moins trois références de chantier sur du bâti construit avant 1940. «Tous les quatre ans, pour que le certificat reste valable, je dois réaliser trois nouveaux dossiers. Ces derniers me servent ensuite, tant chez le particulier que pour répondre à un appel d'offres», observe l'artisan. Ces dossiers de référence montrent l'avant/pendant/après, photos à l'appui, expliquent la nature et la durée du chantier, ainsi que les qualifications et le matériel nécessaires aux travaux.

Pour aller encore plus loin, la Capeb incite chaque département à mettre en place un groupe Patrimoine, ouvert à tous les artisans sensibilisés au bâti ancien. «Ils peuvent, notamment, être forces de propositions pour la mise en place de formations complémentaires afin de mieux travailler ensemble», explique Yannick Février, chargé de mission Patrimoine à la Capeb Pays de la Loire. Surtout, ce groupe prend part à des actions de promotion et de valorisation. Il participe ainsi, chaque année en juin, à la Journée nationale du patrimoine de pays. Avec un objectif double: se faire connaître du grand public et reconnaître sur le secteur du bâti ancien. Les artisans qui collaborent à cette journée ouvrent leurs ateliers ou leurs chantiers, organisent des démonstrations pour sensibiliser les visiteurs à leur savoir-faire et montrent leur book de références, «même si, pondère Yannick Février, les retombées concrètes ne sont pas évidentes à quantifier sur ce type d'opération».

NELLY LAMBERT

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