Construire durable, une stratégie payante?

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Derrière l'engagement d'un artisan pour la construction durable, il y a des convictions. Faire ce choix peut aussi s'avérer intéressant d'un point de vue stratégique. Mais, pour voir la vie en vert, encore faut-il maîtriser son sujet et construire une offre de qualité.

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Maisons en bois, isolation par l'extérieur, utilisation de matières premières d'origine naturelle... Et si miser sur la construction durable pouvait représenter un levier de développement pour votre entreprise, surtout en période de crise? C'est en tout cas le credo de la Capeb, qui en a fait l'un de ses chevaux de bataille. Lors de sa conférence de rentrée début septembre, l'organisation professionnelle a signalé que l'activité suscitée par les travaux de rénovation énergétique représentait une véritable bouffée d'oxygène. Le nombre de ces chantiers est également en constante progression depuis neuf trimestres. « Le marché du développement durable affiche une progression de 3 % tous les trimestres depuis trois ans. C'est, pour ainsi dire, le seul marché qui résiste dans le BTP », souligne Jean-Marie Carton, vice-président de la Capeb à l'échelon national, en charge du développement durable.

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Apprendre à communiquer sur son engagement

Au-delà des convictions personnelles et des obligations réglementaires, notamment l'entrée en vigueur de la RT 2012 (lire l'encadré Focus), miser sur la construction durable peut s'avérer être un choix stratégique judicieux. Mais, comme le précise Jean-Marie Carton, il est essentiel de ne pas faire les choses à l'envers. A savoir attendre que les clients viennent à vous uniquement parce que vous avez apposé sur votre carte de visite un logo indiquant que vous êtes titulaire d'un label ou d'une certification dans le domaine du développement durable (lire l'encadré Zoom). Pour le vice-président, la démarche doit être envisagée dans l'autre sens. C'est à l'artisan de faire preuve de pédagogie auprès de ses clients, en leur expliquant l'intérêt, pour eux, de miser sur le durable, notamment pour réaliser des économies d'énergie ou valoriser leur bien.

Même constat pour Marie-Dominique Monségur, directeur général de Certibat, organisme de certification dédié au secteur de la construction: « Les entrepreneurs ne doivent pas se contenter d'afficher leur certification. Ils doivent également être capables d'expliquer les engagements qu'il y a derrière. Et comment ils l'ont obtenu. C'est pourquoi nous remettons aux artisans certifiés des outils pour communiquer clairement là-dessus auprès de leurs clients ». Il faut dire que les labels et certifications dans le domaine de la construction durable ne sont pas encore bien connus par le grand public. En outre, si le Grenelle de l'environnement a sensibilisé les Français aux questions de développement durable, les changements successifs de réglementation depuis la fin 2010 ont semé le trouble dans leur tête. Ils sont donc devenus plus frileux. « Ils craignent l'opportunisme de certains entrepreneurs venus s'engouffrer dans la brèche », précise Jean-Marie Carton.

En outre, les labels offrent la possibilité aux artisans de se former (par exemple les formations FEE Bat dans le cadre du label Ecoartisan) et de pouvoir ensuite expliquer précisément à leurs clients les enjeux de la construction durable. Hervé Bouteiller, électricien en Seine-Maritime, fait partie des 2 600 entrepreneurs labélisés Eco-artisan en France: «Le label nous apprend à moins travailler à la «va-vite» et à proposer un travail de qualité. Et c est justement ce que recherchent les clients », affirme-t-il. Sans compter qu'un client satisfait le fera ensuite savoir à son entourage.

Jean-Marie Carton, vice-président échelon national, en charge du développement durable, Capeb

«Le marché du développement durable affiche une progression depuis trois ans. C'est le seul marché qui résiste dans le BTP. »

Développer son chiffre d'affaires

D'autre part, en décidant de s'impliquer dans la construction durable, cet électricien a pu rejoindre par ricochet le réseau Bleu Ciel d'EDF, qui réunit des partenaires qualifiés pour la rénovation énergétique. «Je pense que si je n'avais pas obtenu cette collaboration avec EDF, mon entreprise serait aujourd'hui dans une situation économique beaucoup plus difficile. J'ai pu notamment décrocher deux gros chantiers, et j'ai même dû réaliser deux recrutements ponctuels pour faire face à cette charge de travail supplémentaire », commente l'artisan. Pour Jean-Marie Carton, à l'image d'Hervé Bouteiller, la plupart des dirigeants d'entreprise du BTP labélisée Eco-artisan réalisent au moins un tiers de leur chiffre d'affaires avec des projets concernant le développement durable. «Biens organisés, certains entrepreneurs peuvent même réaliser, ainsi, jusqu'à la moitié de leur chiffre d'affaires », poursuit-il.

Zoom
Quels sont les labels et les certifications reconnus dans le développement de l'habitat durable?

Effective dès le 1er janvier 2012, la mention «Reconnu Grenelle Environnement» sanctionne les signes de qualité qui satisfont l'ensemble des exigences reconnues dans cette charte. A l'heure actuelle, la Capeb (label Ecoartisan), la FFB (label Pros de la performance énergétique), Qualibat (pour ses qualifications dans les domaines de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables), Qualit'EnR (Qualisol, QualiPV, Qualibois, Qualipac) et Qualifelec (Qualifelec énergies nouvelles, économies d'énergie) peuvent délivrer des signes contenant cette fameuse mention. A noter qu'à partir du 1er janvier 2014, vous devrez prouver que vous possédez les compétences environnementales requises pour accéder à certains chantiers. Ce qui passe par l'obtention de l'un de ces labels.

Un outil pour valoriser ses salariés

Miser sur la construction durable peut également représenter un outil de motivation auprès de ses proches collaborateurs. D'ailleurs, de nombreux entrepreneurs ont déjà formé leurs équipes. Sachant que les ouvriers sensibilisés à ces sujets environnementaux pourront ensuite en parler autour d'eux et notamment à des clients. « Quand un particulier sent que toute l'équipe est impliquée dans un projet, le chantier est quasiment décroché. C'est ça, la véritable communication! », précise Jean-Marie Carton.

Cependant, pour véhiculer un message clair, les entreprises sont obligées de se tenir au fait de toutes les dernières innovations car les évolutions dans ce domaine sont permanentes. Elles doivent également se mettre à jour sur la réglementation.

Au final, pour Marie-Dominique Monségur (Certibat), le créneau de la construction durable n'en est qu'à ses balbutiements et il reste beaucoup à faire.

A l'avenir, il semble que les clients devraient être de plus en plus sensibles à ces sujets environnementaux et à la construction durable, tant pour des raisons d'engagement citoyen que pour des questions économiques. A condition, bien évidemment, que les artisans construisent une offre claire et qualitative.

Focus
Construction durable: tous concernés par l'entrée en vigueur de la RT 2012

La réglementation thermique (RT) 2012 est officiellement entrée en vigueur le 28 octobre 2011 . Elle est d'ores et déjà applicable aux projets de crèches, de bureaux et de bâtiments d'enseignement ou d'habitation en zone Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine). Au 1er janvier 2013, elle sera étendue à toute construction neuve, y compris les habitations individuelles. La nouvelle RT 2012 exige du maître d'ouvrage, ou du maître d'oeuvre réalisant la conception du projet, de rédiger une attestation à remettre au plus tard lors du dépôt de la demande de permis de construire. Mais attention, au final, c'est toute la filière de la construction qui est concernée. Tous les corps de métier vont devoir se coordonner. En effet, la principale évolution avec la RT 2012, par rapport aux précédentes réglementations thermiques, c'est bien l'obligation de résultat qui est imposée. A la livraison de la construction, le maître d ' oeuvre devra s'assurer que les dispositions de la RT 2012 sont bien respectées, notamment la valeur du Cepmax qui s'élève à 50 kWh/m2 par an. De fait, la réglementation prévoit qu'un fonctionnaire ou un agent de l'Etat et de la collectivité publique peut se rendre sur le site pendant les travaux et jusqu'à trois ans après leur achèvement pour s'en assurer.

Juliette Plouseau

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