En moyenne, un artisan du BTP gagne 2 650 euros nets par mois

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Etudiés à la loupe par l'Insee, les salaires des patrons de PME se révèlent assez faibles, finalement, comparés au nombre d'heures de travail et aux risques pris. C'est le signe, en tout cas, que diriger une entreprise est davantage une affaire de passion que d'argent.

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Jean-François Roubaud, président de la CGPME

«Diriger un PME est avant tout une affaire de passion.»

Un peu moins de 31 800 euros par an, soit 2 650 euros par mois. Tel était, en 2004, le salaire net moyen des dirigeants d'entreprises de moins de 20 salariés, dans le secteur de la construction, selon les résultats d'une enquête réalisée par l'Insee, à la demande de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME). Voilà de quoi tordre le cou à une idée reçue selon laquelle tous les patrons roulent sur l'or. C'était d'ailleurs l'un des objectifs premiers de la CGPME quand elle a commandé cette étude à l'Insee. «Alors que, très régulièrement, les médias font état de scandales liés aux salaires et golden parachutes exorbitants de quelques grands patrons français, nous voulions prévenir tout risque d'amalgame dans l'opinion, témoigne Jean-François Roubaud, président de l'organisation patronale. Les rémunérations des grands patrons du Cac 40, qui défraient la chronique, sont sans commune mesure avec celles des dirigeants de TPE/PME, on ne peut plus raisonnables.»

Et, de fait, la rémunération des «petits» patrons est bien loin des sommes astronomiques perçues, par exemple, par Lindsay Owen-Jones, patron de L'Oréal (un peu moins de 25 millions d'euros en 2005), Bernard Arnault,p-dg de LVMH (13 millions d'euros en 2005) ou Antoine Zacharias, ex-président de Vinci (11,8 millions d'euros en 2005) Source: baromètre 2005 publié par Proxinvest, société de conseil aux investisseurs institutionnels, en décembre 2006. 2650 euros nets par mois, c'est même finalement peu, comparé au nombre d'heures passées à travailler, qui dépasse de beaucoup les 35 heures réglementaires. C'est même très peu, si l'on ajoute à cela les multiples risques, financiers et juridiques pris par un entrepreneur quand il crée et développe son entreprise. Pire encore: entre 2003 et 2004, le salaire d'un dirigeant d'entreprise de moins de 20 salariés dans le secteur de la construction n'a augmenté que de 0,54%, soit moins que l'inflation qui, elle, a atteint 2,1% en 2004, selon l'Insee. Les dirigeants deTPE du secteur de la construction ont donc vu leur pouvoir d'achat reculer, quand la globalité des patrons d'entreprises de moins de 20 salariés, tous secteurs confondus, voyait le sien stagner, avec une évolution de salaire de 2,19%. Reste que, si les dirigeants deTPE ne sont pas vraiment des nantis, leur rémunération est tout de même nettement supérieure à celle des Français, soit 1 800 euros nets mensuels en 2004, selon l'Insee.

A petits effectifs, petits revenus

@ Source: enquête Insee/CGPME, décembre 2006. Salaires nets annuels, exprimés en euros.

A petits effectifs, petits revenus

«Si l'entreprise traverse une crise, reprend Jean-François Roubaud, de la CGPME, son dirigeant n'hésite généralement pas à sacrifier une partie de ses revenus. Bien sûr, concède le porte-parole de l'organisation patronale, le salaire d'un chef d'entreprise ne correspond pas forcément à la totalité de ses revenus. Il faut également prendre en compte les revenus complémentaires, à commencer par les éventuels dividendes que beaucoup de patrons perçoivent en tant qu' actionnaires, enfin d'exercice. Mais il faut avoir à l'esprit que les bénéfices d'une TPE/PME sont généralement assez faibles. Et, par conséquent, les éventuels dividendes aussi.»

Finalement, l'essentiel de la richesse d'un chef d'entreprise, c'est bien souvent son entreprise elle-même, qui représente la plus grande part de son patrimoine. «Diriger une société n'est pas une simple histoire d'argent. C'est d'abord une affaire de passion», résume le patron de la CGPME.

CE QU'ILS EN DISENT

«J'AI CREE MON ENTREPRISE IL Y UN AN A PEINE ET JE NE ME VERSE, POUR LE MOMENT, AUCUN SALAIRE»

Maçon a Limoges, Jean-François Greaume a créé son entreprise en décembre 2005 grâce à un prêt à taux zéro. Jusqu'à présent, il ne s'est pas versé de salaire, et n'envisage pas de le faire avant le mois de juin 2007. «Dans l'absolu, explique-t-il,/e pourrais me salarier puisque mon entreprise a bien démarré. Mais, pour le moment, je préfère investir tout l'argent que je gagne pour le développement de mon affaire.»
Jean-François Greaume, 44 ans, gérant d'une entreprise de maçonnerie en pierre de taille, à Limoges (Haute-Vienne)

«MON SALAIRE VARIAIT EN FONCTION DE LA SANTE DE MON ENTREPRISE»

Guy Dettwiller, ancien couvreur dans le Bas-Rhin, s'est toujours versé un salaire, l'équivalent, en moyenne, du plafond de la Sécurité sociale (2682 euros actuellement). Et, en fin d'exercice, quand l'état de sa trésorerie le lui permettait, il se versait même un treizième mois. «Mais attention: j'ai toujours fait fluctuer mon salaire en fonction de mon activité. Il ne s'agissait évidemment pas de mettre enjeu la pérennité de mon entreprise. Quand la situation était difficile, c'était le premier poste sur lequel je pouvais agir. Ce n'est que lorsque les affaires redevenaient florissantes que je pouvais me permettre de me rattraper.» Aujourd'hui, grâce au salaire qu'il s'est versé, Guy Dettwiller touche une retraite d'un peu plus de 2000 euros par mois.
Guy Dettwiller, 58 ans, retraité, a exercé pendant plus de 40 ans en tant qu'artisan couvreur, à Wingen-sur- Moder (Bas-Rhin)

«LE GRAND PUBLIC SE FAIT DES IDEES QUANT A LA REMUNERATION DES PATRONS»

Eric Boudier a crée son entreprise de ferronnerie en 1996, quittant le confort du salariat pour endosser le statut de chef d'entreprise. «Dans l'opinion publique, l'image du patron est trop souvent ternie.
Pourtant, nous prenons des risques personnels et créons des emplois. Les premières années, je ne touchais guère plus de 5000 francs (762 euros, ndlr), et cette période de vaches maigres a duré quelques années, le temps d'assurer la pérennité de mon entreprise.» Aujourd'hui, Eric Boudier se verse l'équivalent d'un salaire de cadre mais se déclare prêt à minorer sa rémunération au premier coup dur. «Ma richesse est pour le moment virtuelle: c'est mon entreprise, et rien n'est jamais acquis. Je peux tout perdre en un rien de temps.»
Eric Boudier, 43 ans, ferronnier métallier, à Chenoves (Côte-d'Or)

COMPRENDRE

SALAIRE OU DIVIDENDES: QUELLE SOLUTION CHOISIR?

Si vous exercez en société, deux solutions s'offrent à vous. Premièrement, vous verser un salaire, ce qui vous permet de cotiser pour votre retraite. Deuxièmement, opter pour des dividendes, ce qui vous donne l'opportunité d'échapper aux charges sociales, mais vous oblige à faire une croix sur toute pension. Attention, donc: en prévision de vos vieux jours, en plus de votre patrimoine, ne négligez pas l'épargne. Enfin, si vous exercez en entreprise individuelle, ce qui est le cas des deux tiers des artisans en France, votre rémunération se confond avec le bénéfice de votre entreprise. Quoi qu'il arrive, vous êtes donc soumis à l'impôt sur le revenu.

Jean-Noël Caussil

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