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Engagement syndical: mode d'emploi

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Représentation. Vous engager au sein d'une organisation professionnelle pour défendre vos pairs et votre métier vous tente peut-être. Mais cette implication, si elle est valorisante, n'est pas sans conséquences sur votre emploi du temps et votre entreprise.

Faire partie d'une organisation permet de tisser des liens avec d'autres professionnels.

@ PHOTOALTO/CD

Faire partie d'une organisation permet de tisser des liens avec d'autres professionnels.

«J'ai l'impression de peser sur l'avenir de notre profession en défendant les intérêts des artisans directement auprès des organismes concernés.» C'est l'explication fournie par José Tébar (lire encadré ci-dessous), dirigeant dune entreprise générale du bâtiment située dans l'Hérault, lorsqu'on lui demande les raisons de son investissement au sein de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). Il n'est pas le seul à assumer en même temps son rôle de chef d'entreprise et des fonctions syndicales. En effet, ces organisations mettent un point d'honneur à être représentées par des personnes de terrain. Il est indispensable de gérer une entreprise pour y siéger. Ainsi, les responsables amenés à discuter avec les différentes parties prenantes sont bien placés pour connaître concrètement les problèmes rencontrés par les artisans. Les adhérents les plus impliqués sont généralement sollicités de façon officieuse pour se soumettre au vote de leurs pairs. Ils sont ensuite amenés à suivre des dossiers liés à leur domaine d'expertise. C'est ainsi que Danielle Fazzari s'est engagée à la Fédération française du bâtiment (FFB). En tant qu épouse et bras droit administratif de son mari, plombier à Saint-Genest-Lerpt (Loire), elle était confrontée aux problèmes liés au manque de reconnaissance du statut de conjoint. C'est donc en 1983 qu'elle a commencé son «combat», avec la création de groupes de femmes d'artisans dont l'objectif était d'obtenir un statut reconnu et officiel. Mission accomplie puisque le choix d'un statut est devenu obligatoire en juillet 2007. «Lorsque la négociation aboutit sur un accord concret, nous nous sentons utiles, c'est valorisant», se réjouit Danielle Fazzari. Pour elle, l'engagement au sein de la FFB signifie équilibre personnel. «Au travail, je suis l'épouse du chef d'entreprise et, à la maison, je m'occupe de mes enfants. Il me manquait une dimension supplémentaire, un engagement qui me soit propre.» Autre avantage: les fonctions syndicales de Danielle Fazzari l'ont amenée à côtoyer de nombreux confrères et consoeurs, devenus des amis. Les organisations professionnelles permettent ainsi de tisser des liens étroits avec d'autres artisans.

C'est aussi le cas de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), qui défend les intérêts des patrons de petites structures, tous secteurs d'activité confondus. Jean-Marie Dissidi, ébéniste d'art parisien, représente la confédération dans quatre commissions de la chambre de commerce. «La CGPME est devenue ma deuxième famille. J'ai noué des contacts et des amitiés en aidant mes confrères en difficulté», témoigne l'artisan, qui accorde environ 20 heures hebdomadaires à ses différentes missions. Selon lui, la première utilité des organisations professionnelles est de rompre l'isolement où se trouve l'artisan en lui permettant de s'appuyer sur des interlocuteurs experts. «Ainsi, il est moins vulnérable, souligne-t-il. L'artisan est généralement trop occupé par son activité, il n'a ni le temps ni les informations nécessaires pour régler ses problèmes», souligne encore José Tébar (Capeb).

Un engagement à ne pas prendre à la légère

Mais attention, s'il est utile et épanouissant, cet investissement comporte aussi des inconvénients. «C'est un engagement passionnant, mais difficile», confirme José Tébar. Ne serait-ce que parce qu'il demande une grande disponibilité.

Les chefs d'entreprise assumant des fonctions syndicales commencent au niveau local. Mais lorsqu'ils prennent davantage de responsabilités, ils sont contraints de se rendre à Paris, où ont lieu les réunions fédérant les antennes départementales. Ils sont aussi amenés à défendre les positions de leur organisation lors des négociations avec les interlocuteurs habituels des artisans, comme les banques, les assurances, les organismes sociaux et les pouvoirs publics. L'investissement en temps passe alors d'une demi-journée à une journée complète, transports compris, par réunion. Danielle Fazzari, par exemple, accorde une semaine par mois environ à la FFB. Elle met à profit ses voyages en train pour préparer ses dossiers. Si l'informatisation croissante lui permet d'effectuer la comptabilité plus rapidement, la conjointe d'artisan y consacre tout de même deux week-ends par mois, tout en finissant plus tard pendant la semaine. Pour Jean-Marie Dissidi, basé à Paris, l'organisation est facilitée, mais tout aussi complexe à intégrer dans son emploi du temps: il consacre ses après-midi aux réunions de la CGPME, ce qui l'oblige à concentrer la fabrication en matinée, puis à passer ses soirées en rendez-vous clientèle.

L'organisation est donc primordiale, mais souvent difficile à mettre en place. Et malgré tout le soin apporté à l'intégration de ces activités dans leur agenda, les dirigeants constatent des répercussions sur la vie de leur entreprise. En effet, ces absences régulières peuvent porter atteinte à la bonne marche de la société. Et cela constitue un manque à gagner pour l'artisan, qui ne peut être sur les chantiers autant que nécessaire, bien que le temps passé dans les diverses réunions soit compensé financièrement par les organisations. A la Capeb, par exemple, une demi-journée est rémunérée 50 euros. Mais l'indemnité ne remplace pas la présence dans l'entreprise, si l'on en croit José Tébar. L'engagement du dirigeant peut peser sur l'activité, mais également sur le climat social, car les salariés ne comprennent pas toujours l'investissement de leur patron. C'est donc un point qui doit être expliqué clairement. «Avant chacun de mes départs, je leur précise les thèmes de la réunion, puis je fais un compte rendu à mon retour. Cela permet de les impliquer dans des débats qui les concernent, comme celui sur la pénibilité du travail», indique Danielle Fazzari (FFB). Résultat: les équipes appréhendent mieux les sacrifices de leur dirigeant. Ainsi, Jean-Marie Dissidi (CGPME) se souvient de la cérémonie de remise de sa première décoration par la chambre de commerce: «Les compagnons avec lesquels je travaillais à l'époque étaient présents, et ils étaient plus émus que moi!»

Fixez-vous une limite

S'il est épanouissant, cet investissement peut aussi s'avérer envahissant. En effet, selon Danielle Fazzari et José Tébar, la difficulté est surtout de mettre le holà avant que l'entreprise soit en péril. «On met le doigt dans un engrenage, explique l'artisan. Pour se montrer digne de la confiance de nos confrères, on est tenté de prendre de plus en plus de responsabilités pour défendre notre point de vue.» Et selon Danielle Fazzari, «les sollicitations sont nombreuses. Il faut néanmoins en refuser pour préserver l'entreprise et l'harmonie familiale». Un conseil précieux si vous envisagez, vous aussi, de vous investir dans une organisation.

TEMOIGNAGE

José Tébar, dirigeant de Josébat, à Jacou (Hérault)


José Tébar, dirigeant d'une entreprise générale du bâtiment, s'investit pour la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). Il y remplit les fonctions d'administrateur au niveau national et de président de la section Hérault, tout en assumant des responsabilités pour l'Union professionnelle artisanale (UPA). Un engagement qui lui prend beaucoup de temps: l'année dernière, il a passé 80 journées complètes en meeting à Paris et a participé à une centaine de réunions au niveau départemental. Un investissement qui n'est pas neutre: suite à ses absences répétées, il a dû se séparer de la moitié de son effectif, aujourd'hui réduit à six personnes. En effet, si l'artisan peut s'appuyer sur son assistante pour tout ce qui est administratif, il n'a trouvé personne pour le seconder au niveau technique. Il n'a donc pas pu assumer la totalité de ses chantiers. «Il est difficile de déléguer dans une profession comme la nôtre», souligne-t-il. Pourtant, il ne regrette rien de son engagement actuel. «Sans la Capeb, mon entreprise n'existerait plus.» A ses débuts, l'artisan a en effet rencontré des problèmes avec les organismes sociaux et les assurances. Alors simple adhérent de la Capeb, il y a trouvé les solutions adéquates et n'a donc pas hésité à s'engager à son tour, afin d'aider, lui aussi, ses confrères en difficulté.

«Pour se montrer digne de la confiance de nos confrères, on est tenté de prendre de plus en plus de responsabilités pour défendre notre point de vue.»
José Tébar Administrateur à la Capeb

LES ORGANISATIONS

- La Capeb
La Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment est une composante de l'Union professionnelle artisanale (UPA). Elle regroupe 103 syndicats départementaux et comptabilise environ 100 000 adhérents. Elle s'est notamment battue pour faire appliquer un taux de TVA réduit aux travaux de construction et de rénovation.


- La CGPME
La Confédération générale des petites et moyennes entreprises compte 550 000 adhérents, issus de tous les secteurs d'activité, répartis sur 220 fédérations professionnelles. L'une de ses principales batailles était la suppression progressive de l'impôt forfaitaire annuel, qui devrait figurer dans la loi de finances 2009.


- La FFB
La Fédération française du bâtiment compte 57 000 adhérents, dont 42 000 entreprises artisanales et 153 élus. Elle oeuvre notamment pour la valorisation de l'image du secteur et la féminisation de la profession.

RECAPITULATIF

5 conseils pour réussir son engagement syndical
1. Posez-vous les bonnes questions avant de vous lancer: avez-vous les moyens de vous dégager du temps pour assister aux réunions? Quelles sont vos motivations?
2. N'acceptez pas toutes les responsabilités que l'on vous propose, fixez-vous une limite. Votre entreprise ne doit pas pâtir de la situation.
3. Assumez les responsabilités une fois que vous les avez acceptées: étudiez les dossiers avec soin et suivez le débat jusqu'à son terme.
4. Communiquez avec vos salariés sur les dossiers que vous défendez pour préserver un climat de travail serein.
5. Gardez une certaine réserve, pesez le pour et le contre avant de donner votre avis lors des négociations.

CELINE KELLER

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