Formez-vous au marché de l'accessibilité: une nécessité pour l'avenir!

Publié par le

Obligation d'accessibilité des établissements publics d'ici à 2015, vieillissement de la population... Les travaux visant à rendre faciles d'accès certains bâtiments à tous représentent un marché important. Il est donc primordial de se former afin d'être bien positionné sur ce créneau prometteur.

  • Imprimer

Plus de 23 milliards d'euros. Les travaux liés à l'accessibilité des bâtiments publics représentent un marché très important. «Ces chiffres ne concernent que la rénovation des établissements recevant du public (ERP) qui doivent répondre à l'ensemble des obligations avant le 1er janvier 2015, précise Michelle Denis-Gay, directrice du Centre national d'innovation santé, autonomie et métiers (Cnisam). L'adaptation de l'habitat ne rentre pas dans le cadre de la loi du 11 février 2005, mais représente une manne financière colossale pour les entreprises. » La Capeb estime que 25 millions de personnes habitent dans des logements qui devront être adaptés ces dix prochaines années.

Tous les établissements recevant du public (ERP) doivent être accessibles aux personnes atteintes d'un handicap et aux personnes à mobilité réduite d'ici à 2015.

@ FOTOLIA / STUDIO DER

Tous les établissements recevant du public (ERP) doivent être accessibles aux personnes atteintes d'un handicap et aux personnes à mobilité réduite d'ici à 2015.

Pour ne pas louper le train en marche et vous aider à appréhender ce marché, les chambres de métiers et de l'artisanat et les principales organisations professionnelles (Capeb et FFB) ont mis en place des formations. «Nous avons commencé à les envisager il y a un peu plus de sept ans. A l'origine, c'était une demande forte du domaine médical qui souhaitait que les artisans se rapprochent de différents corps de métiers, comme des ergothérapeutes, pour qu'ils comprennent les problématiques de leurs clients », explique Gabriel Desgrouas, peintre décorateur dans l'Eure, en charge des questions de l'accessibilité au sein de la Capeb. Ces formations sont articulées autour de deux journées. La première apporte un éclairage sur la réglementation et les spécificités des différents handicaps. « Les artisans se familiarisent avec les termes médicaux. On ne s'adresse pas de la même façon à une personne âgée qu'à une personne en situation de handicap », insiste-t-il. La deuxième journée permet, quant à elle, d'analyser les besoins des clients en proposant des mises en situation réelles avec cannes et fauteuils roulants. L'objectif: permettre aux artisans d'appréhender les difficultés rencontrées par les personnes en situation de handicap. Ce module aborde également les spécificités de chaque corps de métiers et donne des conseils pratiques. Pour aider un déficient visuel à se repérer, un peintre va jouer sur les camaïeux de teintes, certaines couleurs réfléchissant plus facilement la lumière. Les carreleurs vont privilégier des revêtements de sol ou des carrelages aux couleurs contrastées pour matérialiser un cheminement. Autre exemple: un électricien préconisera l'installation de petites lumières au sol pour accompagner les clients dans leur déplacement.

Un besoin évident de formation

Les TPE sont bien adaptées pour répondre à ces nouvelles demandes, car le marché nécessite des travaux de faible volume (installation de rampe d'accès, douche à l'italienne, température programmée de l'eau, interphone, commande à distance, carrelage antidérapant...). Nathalie Vessaud, dirigeante d'Ader, entreprise de peinture comptant cinq salariés, à Bordeaux, a suivi en septembre 2011 une formation au marché de l'accessibilité des établissements recevant du public et de l'habitat. La raison? Elle est régulièrement démarchée par des agences immobilières qui souhaitent mettre aux normes certaines parties communes de résidence, comme le marquage au sol des parkings ou la réfection du sol dans l'entrée. Elle est également en contact avec de petits hôteliers souhaitant installer des barres de maintien dans leurs sanitaires. «Il me paraissait inconcevable de me positionner sur le créneau sans suivre une formation, car les réflexes à adopter sont nombreux. Je suis désormais en mesure de conseiller mes clients sur les normes techniques et les hauteurs auxquelles je dois installer les équipements », assure la dirigeante, qui estime que ce nouveau marché peut augmenter son chiffre d'affaires de 10 %. «Les cas pratiques étaient aussi intéressants. Nous devions, à la seule vue du plan de construction, aménager une boulangerie et installer des solutions de signalétiques, un contraste de couleur, de lumière. Le tout sans déplacer les murs », développe-elle.

Des solutions évolutives

Le Cnisam, organisme de formation labellisé Pôle d'innovation accessibilité, santé et autonomie depuis 2009 par le ministère de des modules pluridisciplinaires, permettant ainsi à un électricien de travailler avec un charpentier ou un peintre. Un menuisier doit par exemple se coordonner avec un peintre pour installer une poignée noire sur une porte blanche pour qu'une personne malvoyante puisse distinguer aisément la poignée. Mais aussi avec un électricien pour orienter certaines lumières ou spots d'éclairage et, ainsi, favoriser la mise en évidence de certains éléments (poignées, boutons, interrupteurs, plans de travail...). Si différentes solutions techniques peuvent être envisagées, la difficulté consiste à trouver des solutions évolutives, comme la programmation de certaines installations. L'électricien va par exemple s'orienter de plus en plus vers la domotique afin de faciliter le maintien à domicile des personnes âgées et rendre l'habitat plus intelligent. Un enjeu essentiel selon Gabriel Desgrouas, (Capeb). «Le rôle de l'électricien ne doit pas se limiter à l'installation et au fonctionnement de volets roulants. Il peut également préconiser l'installation d'un bouton-poussoir qui permet de gérer les lumières intérieures et extérieures (allumage, minuterie, pilotage horaire et simulation de présence notamment), ainsi que les volets roulants des fenêtres. » Il peut aussi préconiser l'installation de témoins lumineux pour signaler une anomalie, comme un éclairage activé, un volet roulant ou encore une porte de garage laissée ouverte. Au-delà des compétences techniques, la mise aux normes des bâtiments dans le domaine de l'accessibilité requiert la maîtrise des dernières technologies domotiques. Ce qui renforce, une nouvelle fois, l'importance de se former.

Christine Crosnier, dirigeante des Enfants de Jean Crosnier

Christine Crosnier, dirigeante des Enfants de Jean Crosnier

Témoignage

«Grâce à ma formation, j'ai une meilleure connaissance des réglementations en vigueur»
Christine Crosnier a fait sienne la cause de l'amélioration de l'habitat. Très sensible à l'accessibilité, et régulièrement sollicitée par des particuliers, cette dirigeante d'une entreprise de menuiserie de neuf salariés a suivi, en décembre dernier, une formation de deux jours sur l'accessibilité des établissements qui reçoivent du public (ERP) et de l'habitat. « Ces modules m'ont permis de connaître la réglementation et surtout de me mettre à la place des personnes en situation de handicap afin de mieux appréhender les obstacles qu'ils peuvent rencontrer au quotidien», souligne Christine Crosnier. Elle pense aussi que les petites entreprises ont un vrai rôle à jouer en matière de conseils et d'adapta- Villebaroution de bâtiments.
Petit bémol toutefois puisque la dirigeante Christine estime que «le marché arrive tout juste à maturité ». Si les obligations réglementaires contraignent les ERP à se mettre en conformité avant le 1er janvier 2015, des efforts restent encore à faire. «Installer une simple main courante dans un escalier coûte environ 300 euros HT et le coût de ces travaux décourage les petits commerçants. De plus, les fournisseurs se sont mis à la page de la réglementation en tout début d'année. En 2011, il était encore difficile de trouver, dans les catalogues, des poignées en conformité», se défend Christine Crosnier.
Malgré la proximité des échéances, le marché reste encore largement ouvert.

Michelle Denis-Gay, directrice du Cnisam

«L'adaptation de l'habitat ne rentre pas dans le cadre de la loi du 11 février 2005, mais représente une manne financière colossale pour les entreprises.»

Mallory Lalanne

La rédaction vous recommande

Sur le même sujet