Il tend la main à un détenu

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Pour pallier la pénurie de main-d'oeuvre, mais surtout par conviction personnelle, André Anorga déniche de nouveaux collaborateurs, peu ou pas qualifiés, dans les quartiers défavorisés et même jusqu'en prison.

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Le 28 mars 2008, dans les salons de la présidence du Sénat, Gérard Mestrallet, p- dg de Suez, remet à André Anorga, dirigeant d'une entreprise de maçonnerie, le Prix spécial du jury de la 2e édition du Trophée national de l'entreprise citoyenne. Un concours organisé par l'association Cidan, qui vise à valoriser les entre- prises pour leurs initiatives concrètes et originales en faveur de leurs salariés, de leurs partenaires... L'artisan a été récompensé pour son action dans le milieu carcéral.

D'anciens prisonniers...

Cinq ans plus tôt, au centre de détention de Limoges, André Anorga participe à des forums de métiers, organisés par la Jeune chambre économique de Limoges. Cette association loi 1901, dont il est membre, rassemble de jeunes citoyens souhaitant servir leur cité. Lors de la session dédiée au bâtiment, l'artisan, avec l'aide de deux confrères, un plâtrier et un charpentier, présente son entreprise et les métiers du BTP devant une vingtaine de détenus. A la fin de son exposé, trois prisonniers viennent se renseigner auprès du chef d'entreprise. Celui-ci leur laisse sa carte de visite avec la promesse de les recevoir à leur sortie de prison. D'ailleurs, l'un d'eux, en liberté conditionnelle, ne tarde pas à se manifester. Le dirigeant lui propose alors un premier CDD de deux mois au poste de manoeuvre. Une période test pour le repris de justice qui n'a aucune qualification, servant à déterminer si le métier et le secteur lui plaisent. Au terme de ce délai, André Anorga souhaite lui proposer un deuxième CDD, si la maçonnerie l'intéresse, ou l'accompagner dans sa recherche d'emploi, dans le cas contraire. Malheureusement, André Anorga n'en a pas eu l'occasion: le jeune homme a profité des vacances de Noël pour «se faire la malle»... «Je n'étais pas déçu, mais un peu soucieux par rapport aux autres salariés. Je n'avais pas envie de m'entendre dire: «On te l'avait bien dit!»», confie l'artisan.

... à toute personne en difficulté

Loin de l'échauder, l'expérience a renforcé son envie de s'investir dans l'insertion de personnes en difficulté. «L'expérience m'a beaucoup appris, notamment sur les erreurs à ne pas commettre. La prochaine fois, je m'appuierai davantage sur des structures spécialisées», analyse déjà André Anorga. D'ailleurs, il est à pied d'oeuvre sur son prochain chantier, baptisé «Deux mains préparent demain». Derrière cette formule bien trouvée se cache une opération qu'il compte mettre en place pour la rentrée, en septembre. Le principe? Prendre sous son aile une personne en situation d'échec et sans qualification et l'amener au CAP par la Validation des acquis de l'expérience (VAE). Et ce, en investissant la totalité des aides financières qu'il pourra percevoir des pouvoirs publics dans sa formation.

André Anorga a embauché un détenu en liberté conditionnelle après l'avoir rencontré lors d'un forum des métiers organisé à la prison de Limoges.

André Anorga a embauché un détenu en liberté conditionnelle après l'avoir rencontré lors d'un forum des métiers organisé à la prison de Limoges.

Repères

> Raison sociale
Artibat
> Activité
Maçonnerie
> Ville
Solignac (Haute- Vienne)
> Année de création
1998
> Dirigeant
André Anorga, 40 ans
> Effectif 10 personnes
> CA 2007
8840 00 Euros

CARINE GUICHETEAU

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