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Intégrer dans son entreprise un travailleur handicapé

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Même sans obligations légales, de nombreux patrons de TPE s'engagent pour l'intégration des travailleurs handicapés. Rencontre avec deux patrons d'entreprises du BTP qui ont fait ce pari avec succès.

@ VISUAL CONCEPTS / FOTOLIA

Difficile de savoir combien de personnes handicapées les TPE du bâtiment recrutent. Car les entreprises de moins de 20 salariés ne sont pas soumises à l'obligation d'embauche de 6 % de travailleurs handicapés, fixée par la loi de février 2005. Que ce soit dans le cadre d'un recrutement ou du maintien dans l'emploi d'un collaborateur, suite à un accident ou à une maladie, certaines TPE se révèlent très «handi-accueillantes». Didier Duchêne, délégué accessibilité au sein de la FFB (Fédération française du bâtiment), est lui-même dirigeant d'une entreprise de métallerie qui embauche des personnes avec un handicap mental. «Nos ateliers sont implantés près d'un Esat (Etablissement et service d'aide par le travail, ndlr), où travaillent beaucoup de jeunes. J'ai décidé de recruter des personnes handicapées car je souhaitais que mon entreprise soit le reflet de la cité», raconte Didier Duchêne. Le dirigeant a alors formé ses chefs d'atelier. Et, avec eux, il organise régulièrement des réunions pour faire le point sur les progrès des travailleurs handicapés. Il a créé une charte signée par l'ensemble des salariés. Son but? Formaliser une adhésion aux valeurs d'accompagnement et de formation au sein de l'entreprise. Didier Duchêne reconnaît toutefois que cette démarche reste encore marginale.

Même constat du côté de Didier Mercier, patron d'une entreprise de plomberie, d'électricité et de chauffage, qui a embauché en 2009 un jeune homme bénéficiant d'une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), du fait d'une déficience visuelle.

D'après ce dirigeant, pour beaucoup d'entrepreneurs du bâtiment, la notion de handicap reste associée à une personne en fauteuil roulant. Ils estiment donc, d'entrée de jeu, que cette question n'est pas compatible avec leurs métiers. Or, le handicap est, dans la majorité des cas, non visible (lire l'encadré).

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Les handicaps qui relèvent de la RQTH

Non, le handicap ne se résume pas uniquement aux déficiences motrices. D'autres handicaps, souvent invisibles, relèvent de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Voici la liste fournie par l'Agefiph.
- Déficience motrice: personnes en fauteuil.
- Déficience auditive: personnes sourdes et malentendantes.
- Déficience visuelle: personnes aveugles et malvoyantes.
- Déficience intellectuelle ou handicap mental: personnes qui présentent de la difficulté à comprendre et une limitation dans la rapidité des fonctions mentales sur le plan de la compréhension, des connaissances et de la cognition (trisomie 21, dysphasie... ).
- Déficience psychique ou maladie mentale: aucune définition exhaustive n'est possible. Mais sont concernées des maladies comme la dépression ou encore la schizophrénie.
- Maladies invalidantes: toutes les maladies respiratoires, digestives, parasitaires, infectieuses (diabète, hémophilie, sida, cancer, hyperthyroïdie... ). Elles peuvent être momentanées, permanentes ou évolutives.
Source: Agefiph

Des aménagements simples

D'autant que les agencements pour faciliter l'intégration d'un salarié handicapé ne sont pas forcément très compliqués. C'est, en tout cas, ce qu'explique Didier Mercier: «Par exemple, nous avons fait installer des rétroviseurs spécifiques pour qu'il puisse conduire le camion ». Par ailleurs, si des aménagements plus importants sont nécessaires, Didier Duchêne rappelle qu'il est également possible de faire appel à l'Agefiph (Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées) pour obtenir des aides financières. Celles-ci ont pour but de favoriser le maintien dans l'emploi, en complément des Sameth (Services d'appui au maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés).

Au final, au-delà de cet engagement, ce que retiennent ces deux patrons, ce sont les compétences des salariés handicapés qui apportent beaucoup aux ressources humaines de leur entreprise. Mais aussi à son développement économique.

Juliette Plouseau

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