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La formation continue, clé de votre succès

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Trop souvent négligée par les artisans, la formation continue est pourtant un puissant levier pour développer le gisement de compétences de l'entreprise. Panorama des offres, des droits et obligations en la matière pour l'employeur et ses salariés.

@ DAVID DE SOUSA

Ce matin, Fabrice, couvreur, traîne des pieds. Ce n'est pas sa journée de travail qui le préoccupe, mais sa session d'anglais. Son carnet de commandes est plein pour plusieurs mois et, en plus, il fait beau... Des raisons suffisantes pour tourner les talons et regagner ses chantiers. La tentation de Fabrice n'est pas un cas isolé. Selon Didier Cottin, responsable formation et partenariats à l'OPPBTP (Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics), «les annulations de stage sont fréquentes quand le soleil brille». Et d'ajouter que«le facteur météo joue énormément sur le succès ou non d'une formation dédiée au secteur du BTP». La formation continue ne fait généralement pas partie des priorités des artisans, et ce, tant pour eux-mêmes que pour leurs salariés. Tous les formateurs se voient opposer les mêmes arguments par les dirigeants de TPE: si le manque de temps arrive en tête des raisons invoquées, les questions de coût, l'inadéquation de l'offre et l'absence de nécessité de se former sont également souvent citées. «Les freins sont surtout psychologiques, estime André Cottenceau, président du Faf-Sab (Fonds d'assurance formation des salariés de l'artisanat du BTP). Car dire que l'on n'a pas besoin d'être formé est faux, surtout dans le secteur artisanal où les métiers évoluent rapidement.» En revanche, il reconnaît volontiers que se former nécessite un effort particulier de la part des TPE: «Dans une entreprise de trois personnes, quand l'une d'entre elles est en formation, c'est un tiers de l'effectif en moins. Une situation impensable dans un grand groupe Or, c'est ce qui se produit dans les très petites structures...»

Conscients de ces difficultés, les organismes formateurs en tiennent compte dans leur offre à destination des petites sociétés. Pour s'adapter à leur emploi du temps chargé, les stages durent souvent moins d'une semaine. C'est le cas, notamment, pour ceux d'ordre technique, dispensés par exemple par l'OPPBTP et les Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment). Idem pour les formations dites transversales (gestion, management, commercial, etc.), proposées généralement par les chambres de métiers. Pensées pour les artisans et leurs salariés, elles sont conçues pour répondre à un besoin précis et immédiat, comme les trainings sur la prospection et la négociation ou sur le bulletin de salaire.

FISCALITE
Un crédit d'impôt pour les chefs d'entreprise qui suivent une formation

En tant que dirigeant, vous bénéficiez d'un crédit d'impôt pour avoir suivi une formation professionnelle continue dans la limite de 40 heures par année civile. Ce crédit d'impôt est égal au nombre d'heures passées en formation multiplié par le taux horaire du Smic. Il s'impute sur l'impôt sur le revenu dû par l'entrepreneur individuel ou sur l'impôt sur les sociétés dans les autres cas. Peuvent en bénéficier les entreprises imposées sur la base des bénéfices réellement réalisés.

Des formations concrètes

Objectif visé? Une rentabilité immédiate: grâce au contenu concret de ces stages, l'apprenant est opérationnel lorsqu'il en sort. «Par exemple, en cours de comptabilité, les «élèves» peuvent travailler sur leurs propres documents, souligne Dominique Jahier, responsable de la formation continue à la chambre de métiers de Vendée. Adaptation et personnalisation de l'offre sont une priorité pour amener les artisans sur les bancs des centres déformation.» La chambre consulaire propose ainsi Diagnostic et développement de l'entreprise, une session d'un jour par mois pendant un an, assortie de dix rendez-vous individuels dans l'entreprise. En combinant théorie et terrain, cette formule originale séduit de nombreux artisans. Comme Bernard Armouet, gérant d'un atelier de mécano-soudure qui emploie cinq personnes. «Quand ma femme me parlait de formation, j'étais réticent, reconnaît le chef d'entreprise. Je craignais que ce ne soit scolaire. Avec ce système, d'un coté, je bénéficie d'une analyse et de conseils personnalisés quand le tuteur intervient surplace, de l'autre, je développe mes compétences et je m'enrichis auprès d'autres artisans.» Un avantage supplémentaire souvent souligné par les dirigeants: les stages interentreprises suscitent une saine émulation entre les participants et brisent la solitude du dirigeant.

Les chambres de métiers dispensent également des formations plus longues et diplômantes. C'est le cas du brevet de maîtrise ou du BCCEA (Brevet de collaborateur de chef d'entreprise artisanale). Ce dernier, titre homologué de niveau IV (niveau baccalauréat), nécessite 490 heures de cours, réparties sur deux ans. Ces formations, si elles sont plus chronophages, n'ont pas la même finalité: elles permettent la montée en qualification et en compétences et doivent, par exemple, s'accompagner d'une réorganisation de poste. Elles s'intègrent davantage dans une réflexion stratégique sur le développement et l'avenir de l'entreprise. «Trop souvent, la formation est gérée au cas par cas dans les très petites structures, alors qu'elle doit être considérée comme un investissement sur le long terme», regrette Géraldine Jamais, responsable formation à la Capeb du Rhône. N'hésitez pas à vous rapprocher et à vous appuyer sur votre chambre de métiers ou sur des organisations professionnelles telles que la Fédération française du bâtiment (FFB) ou la Capeb, également représentantes locales du Faf-Sab. Elles vous aideront à établir un diagnostic, à faire émerger vos besoins, à les matérialiser, notamment au travers d'un plan de formation et à vous orienter vers les cursus adéquats.

Témoignage
Hervé Granjon, cogérant d'un atelier de maçonnerie-menuiseriecharpente à Sainte-Foy-l'Argentière (Rhône)

«Le développement de mon entreprise passe par la formation»
La formation? Une nécessité pour Hervé Granjon, cogérant d'une entreprise de maçonnerie-menuiserie-charpente dans le Rhône, que ce soit pour rester à la pointe de son métier, pour pallier le manque de main-d'oeuvre qualifiée ou encore pour faire évoluer ses salariés. Ce n'est pas Aurélien Grégoire, menuisier de 24 ans, qui va se plaindre de la politique de son employeur. Intéressé par le brevet de maîtrise, il n'a pas accumulé suffisamment d'heures au titre du Dif pour suivre cette formation qui nécessite quelque 486 heures, réparties sur deux ans. Hervé Granjon, épaulé par la Capeb, imagine alors une solution qui combine Dif et plan de formation. Coût de l'opération pour l'entreprise? 22000 euros, sans compter le manque à gagner lié à l'absence du salarié sur les chantiers... «La formation est prise en charge par le Faf-Sab, tout comme les heures d'absence, mais il y a toujours une perte d'exploitation», signale Hervé Granjon. L'artisan a dû s'organiser pour être plus présent sur les chantiers notamment les lundis, où son salarié suit ses cours. «Cela valait la peine», certifie l'artisan. Une nouvelle équipe, vouée à la menuiserie, a pu être créée cet été avec, à sa tête, le jeune Aurélien Grégoire, promu chef d'équipe. En choisissant cette option, plus longue et plus coûteuse que le recrutement d'une personne expérimentée pour pourvoir le poste, Hervé Granjon a fait un pari sur l'avenir. «Aurélien n'est pas totalement opérationnel, reconnaît l'artisan. Mais il est motivé et je sais qu'il y arrivera.»


Repères
- RAISON SOCIALE
Granjon Frères SARL
- VILLE
Sainte-Foy-l'Argentière (Rhône)
- DIRIGEANTS
Hervé Granjon, 37 ans, et David Granjon, 35 ans.
- EFFECTIF
15 personnes
DATE DE CREATION
1er janvier 2001
CA 2006
630 000 euros

Mettre en place un plan de formation

Vous ne pouvez de toutes laçons rester hermétique a la formation continue sans vous faire rattraper par la législation. Principalement à cause du Droit à la formation (Dif) et du Congé individuel de formation (Cif), (voir le tableau p. 44). L'un permet aux salariés qui en font la demande de bénéficier de vingt heures de formation par an, cumulables sur six ans, plafonnées à 120 heures. L'autre est une disposition sociale qui permet à vos collaborateurs d'obtenir une autorisation d'absence pour suivre une formation de leur choix, pendant leurs heures de travail, que celle-ci ait un lien ou non avec la fonction occupée.

Le Dif est la mesure phare de la loi du 4 mai 2004 sur la formation professionnelle tout au long de la vie.Tout salarié, sous condition d'ancienneté, peut vous en faire la demande. Mais vous n'êtes pas obligé de l'accepter. Vous disposez d'abord d'un délai d'un mois pour répondre, l'absence de réponse valant acceptation. Selon les textes de loi, le refus n'a pas besoin d'être motivé. Dans les faits, pour ne pas casser le dialogue avec les salariés, mieux vaut justifier votre réponse. Pour rendre plus transparente la gestion des refus, vous pouvez d'ailleurs vous référer à votre accord de branche, où sont souvent listées les actions de formation prioritaires dans le cadre du Dif.

Vous avez le droit de rejeter une demande de Dif pendant deux ans consécutifs. Mais, passé ce délai, le salarié peut déposer sa requête dans le cadre du Cif. Sa mise en place est subordonnée à l'acceptation du dossier par l'organisme paritaire de gestion du Cif dont relève votre entreprise (le Fongecif la plupart du temps). Si vous avez toujours la possibilité d'utiliser quelques astuces pour le refuser ou le reporter (voir le tableau), force est de constater que votre marge de manoeuvre reste limitée.

Pour tenter de contourner ou de prévenir ces difficultés, songez à mettre en place une politique de formation dynamique au sein de votre entreprise. En anticipant les besoins, vous transformez une contrainte en opportunité. «Profitez du Dif pour former vos salariés sur leur temps libre ou sur un thème convenant à l'entreprise, souffle Géraldine Jamais de la Capeb du Rhône. Cela reste du ressort de la négociation.»

Le plan de formation peut aussi constituer une bonne alternative. Il regroupe l'ensemble des actions de formation continue, décidées et menées par l'entreprise en faveur de ses salariés. Il répond à trois grands objectifs, identifiés par la loi sur la formation professionnelle. D'abord, favoriser l'adaptation au poste de travail pour permettre aux salariés de mieux remplir leurs fonctions. Ensuite, aider leur évolution vers d'autres postes relevant de leur qualification ou leur apporter l'apprentissage nécessaire au maintien dans leur emploi lorsque celui-ci évolue. Enfin, il développe des compétences via l'obtention d'une qualification supérieure.

La mise en place de cet outil n'est pas obligatoire, mais vivement conseillée. Elle vous permet de planifier sur l'année les formations pour une meilleure visibilité, une organisation optimale et une meilleure intégration des demandes de Dif. Enfin, le plan de formation peut être établi à partir des entretiens individuels annuels menés auprès de vos collaborateurs, vous permettant d'analyser leurs besoins en la matière.

Témoignage
Dominique Le Bihan, gérant de la société Le Bihan Frères, à Valanjou (Maine-et-Loire)

«La formation doit être considérée comme un investissement»
En 2007, Dominique Le Bihan a fait de la sécurité une priorité. Pour ce faire, le dirigeant de cette entreprise de maçonnerie se donne les moyens: formations, démarche qualité, etc. En début d'année, il formalise donc, noir sur blanc, son plan de formation, décidé en concertation avec ses salariés. Au programme: Caces (Certificat d'aptitude à la conduite en sécurité), SST (Sauvetage secourisme du travail) et Montage et démontage d'échafaudage fixe. Il transmet ensuite le dossier au Faf-Sab qui, parce qu'il s'agit d'un plan collectif, assure une meilleure prise en charge de la formation. Pour autant, l'aspect financier ne pèse pas dans la balance de l'artisan. «La formation est un investissement, comme un autre, pour pérenniser ma société. Mes salariés se sentent valorisés et responsabilisés. Et l'image de ma société auprès des clients en est améliorée. C'est sécurisant pour tout le monde», observe-t-il. Prévus longtemps à l'avance, les stages s'intègrent plus facilement au planning. Reste les impondérables liés aux besoins des chantiers. «Une formation ne tombe jamais bien, note Dominique Le Bihan. Mais il faut savoir s'y tenir, sinon on n'y va jamais.»


Repères
- RAISON SOCIALE
Le Bihan Frères
- VILLE
Valanjou (Maine-et-Loire)
- DIRIGEANT
Dominique Le Bihan, 33 ans
- EFFECTIF
11 personnes
ANNEE DE REPRISE
2002
CA 2006
1 070 000 euros

Trouver les financements ad hoc

Vous êtes prêt à franchir le pas? Mais, l'investissement financier paraît trop lourd pour votre petite entreprise? Pourtant, sachez que même si vous n'entreprenez rien, la formation continue vous coûte de l'argent, ne seraitce qu'au travers de votre contribution obligatoire à la formation professionnelle continue. Autant bénéficier d'une partie de ces fonds en faisant prendre en charge < partiellement vos actions de formation. A titre d'exemple, pour les entreprises du bâtiment de moins de dix salariés, c'est le Faf-Sab qui collecte, par l'intermédiaire de Pro BTP, cette contribution qui s'élève à 0,9% de la masse salariale. Ce qui représente un budget de 90 millions d'euros en 2007. En contrepartie, il prend en charge financièrement une partie du coût pédagogique, mais aussi du coût salarial brut (8,50 euros de l'heure) de vos salariés partis en formation. Mais uniquement si votre action de formation correspond aux priorités définies pour l'artisanat du BTP par le conseil de gestion du Faf-Sab. Par exemple, la bureautique et la gestion sont éligibles à l'intervention du fonds, dans la limite de 21 heures par entreprise et par année civile. De même, l'organisme encourage les plans d'action collectifs, c'est-à-dire pour une partie, voire la totalité, des salariés. Résultat: les formations sont mieux prises en charge grâce à une revalorisation de trois euros supplémentaires par heure de formation entreprise dans ce cadre.

Les chefs d'entreprise ne sont pas oubliés. Il existe, en effet, un premier coup de pouce sous la forme d'un crédit d'impôt (voir l'encadré Fiscalité p. 40) égal au nombre d'heures passées en formation. En outre, pour les dirigeants qui ne sont pas salariés de leur entreprise, le Fafab (Fonds d'assurance formation de l'artisanat du bâtiment) et le Faf régional, qui dépend de votre chambre régionale des métiers, prennent en charge financière de vos formations. Attention toutefois, une réforme des Faf est en cours. Le 1er janvier 2008, un nouveau Fonds d'assurance formation national unique remplacera le Faf de l'artisanat, le Fafab, le Fafrns (Fonds d'assurance formation des métiers et services) et le Fafad (Fonds d'assurance formation de l'alimentation en détail). Il indemnisera en priorité les postulants aux formations techniques. En outre, les chambres régionales de métiers dont dépend le Faf régional vont assurer l'organisation et le financement des formations généralistes des artisans. «A l'heure actuelle, vous pouvez toujours prétendre à une prise en charge de la part du Fafab, certifie Patrick Liebus, président de l'organisme. Mais uniquement sur des formations ayant lieu avant la fin 2007. Après cette date, c'est le Faf unique qui prendra le relais.» Et Géraldine Jamais de la Capeb du Rhône de conseiller d'attendre, «notamment en ce qui concerne les formations longues qui pourraient empiéter sur 2008. Ce serait dommage de ne pas pouvoir prétendre à une aide financière pour une histoire de date», conclut-elle.

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