Le Stradivarius du XXIe siècle

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Partageant son temps entre son atelier d'Aix-en-Provence, les déplacements à travers le monde pour répondre aux demandes de ses clients et les expertises judiciaires, le luthier René Garmy n'est pas guetté par la routine.

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Parcours

- 1959
René Garmy commence le violon à l'âge de cinq ans.
- 1970
Il devient apprenti luthier à Lyon.
- 1979
Il s'installe à Aix-en-Provence.
- 1983
Il obtient le diplôme d'Etat de luthier d'art.
- 1991
Il décroche le titre de maître artisan.
- 2006
Il obtient son DESS de droit de l'expertise judiciaire.

Repères

RAISON SOCIALE
René Garmy, Maître luthier
ACTIVITE
Luthier
VILLE
Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône
ANNEE DE CREATION
1978
DIRIGEANT
René Garmy, 53 ans
EFFECTIF
Une personne
CA 2006
150 000 Euros

Quand on lui demande quelle est sa profession, René Garmy répond qu'il s'occupe de violons. «Je ne dis plus luthier. Les gens aiment rêver autour de ce métier, mais ils s'en font une idée fausse.» Violons de Stradivarius estimés à des millions d'euros, contacts répétés avec les musiciens du monde entier, l'aspect «paillettes» a suscité une médiatisation que René Garmy critique volontiers. Mais avec ses voyages innombrables et ses clients prestigieux, il fait partie de ces artisans qui font rêver.

Le contexte est beaucoup moins glamour quand, en 1970, à seize ans, René Garmy décide de se consacrer aux instruments à cordes. Installé quasiment depuis le début de sa carrière à Aix-en-Provence «sans autre raison que le climat», il a employé dans son atelier jusqu'à 24 personnes. Et a formé une trentaine d'apprentis au cours de sa carrière.

Un métier à facettes

 

Désormais il préfère travailler en solo. «Les apprentis ne sont pas assez persévérants», regrette-t-il.

René Gramy est devenu, après 37 ans de métier, un artisan qui fait rêver, un docteur des violons.

René Gramy est devenu, après 37 ans de métier, un artisan qui fait rêver, un docteur des violons.

Installé au calme, dans une vieille bastide entourée de pins, le luthier n'en a pas moins «des journées de fou». Il partage son temps entre la fabrication de violons de maître, la restauration d'instruments anciens et leur entretien. Car les violons et les violoncelles réclament des soins particuliers: «Je fais parfois l'aller-retour à New York en 48 heures pour régler un instrument avant un concert, raconte René Garmy. Notre métier comprend de nombreuses facettes. Il y a la menuiserie, la sonorité, mais aussi le côté relationnel avec les musiciens.» Avec 37 ans de métier, sa réputation professionnelle lui offre le luxe de choisir les musiciens avec lesquels il souhaite travailler. «Je n'ai qu'un seul critère: la sympathie qu'ils m'inspirent, confie-t-il. Dans mon métier, j'apprécie par-dessus tout l'absence de routine, raconte-t-il encore. Une journée ne ressemble jamais à la précédente.» Au début des années quatre-vingt-dix, le luthier ajoute une corde à son instrument, en se lançant, parmi les premiers, dans la création d'un site internet www.garmy-luthier.com qui décrit les activités de lutherie, photos à l'appui. En 2005, toujours curieux, il retourne sur les bancs de l'université afin d'étudier le droit de l'expertise judiciaire. Aujourd'hui, il authentifie et évalue les instruments auprès des douanes, des compagnies d'assurance et de la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Insatiable, René Garmy sait accorder ses violons pour rester dans l'air du temps.

Céline Keller

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