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Mille vies, mais un seul fil conducteur: sa passion pour le travail du bois

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A 52 ans, Laurent Richardin s'est retrouvé au chômage. Passés les premiers mois difficiles, il décide de créer sa propre entreprise, en fondant une école pour dispenser des cours de bricolage. Un moyen, finalement, de boucler la boucle, en se servant de l'expérience acquise tout au long de sa vie professionnelle.

Pour sa rubrique «Le coin de l'ébéniste» dans le magazine Système D. Laurent Richardin testait de l'outillage.

Son seul mot d'ordre: la passion. Laurent Richardin, 54 ans, met la touche finale à son dernier projet en date, qui vient résumer son parcours. Avec Jean-David Krzton, son jeune associé de 28 ans, il va bientôt ouvrir son école, «Bois & Bricolage». «Notre problème principal, aujourd'hui, est de trouver des locaux, témoigne-t-il. Nous avons besoin d'au moins 120 à 150 m2 pour pouvoir dispenser tous les cours dont nous rêvons.» Cours de bricolage, de fabrication ou de restauration de mobilier et même cours de patine sur meubles et de patine murale... Le travail du bois sous toutes ses formes sera à l'honneur dans cette école. Trois formules sont au programme, avec la possibilité d'opter soit pour des cours hebdomadaires, tout au long de l'année scolaire, soit pour des stages d'une à trois journées, soit, enfin, pour des cours à domicile.

L'aventure a commencé en janvier 2007, pour les cours à domicile. L'école proprement dite, elle, ne prendra réellement son rythme de croisière qu'à la rentrée de septembre. A priori, elle s'installera à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. «Il y a, là-bas, de grands entrepôts vides, qui se louent à des tarifs abordables: de 10 à 15 euros le mètre carré.» Et puisque la ville est bien reliée à la capitale par les transports en commun, elle semble, pour les deux hommes, un endroit parfait pour s'installer. L'idéal, en tout cas, pour mettre toutes les chances de leur côté, afin d'attirer à eux la manne des particuliers passionnés de bricolage : «Il n'y a qu'un seul organisme dispensant des cours de restauration de mobilier en région parisienne, soit 32 élèves pour dix millions d'habitants, avec une liste d'attente de plus de deux ans!»

Laurent Richardin en est donc convaincu: il y a là un créneau à prendre. Et il n'est pas le seul à le penser. En novembre 2006, il a reçu le prix Cré'acc de la deuxième vie professionnelle, décerné par un jury notamment composé de banquiers et d'experts-comptables. Avec, à la clé, près de 10 000 euros de chèques-conseils à dépenser auprès des professionnels de la création d'entreprise. De quoi permettre à l'ex-rédacteur en chef de Système D, l'un des principaux journaux de bricolage en France, d'envisager sa reconversion professionnelle avec un peu plus de sérénité, après avoir connu près de deux ans de chômage. «Je savais que je ne retrouverais pas de poste dans la presse, car mon âge - 52 ans - ne jouait pas en ma faveur. J'ai donc décidé de chercher ailleurs.» Ce genre de revirement, évidemment, n'est jamais facile à négocier. Mais pour Laurent Ri chardin, il avait au moins l'avantage de ne pas être le premier. C'est même l'histoire de toute sa carrière.

Des rencontres qui changent sa vie

Une carrière debutee dans la fonction commerciale, au sein d'une petite entreprise qui commercialisait des joints en caoutchouc et des bagues d'étanchéité. «Je gagnais très bien ma vie, sans beaucoup travailler... Mais je m'ennuyais à mourir», confie-t-il. Au bout de trois ans, le jeune homme décide de faire ce qu'il aime vraiment. Il sera d'abord antiquaire à Uzerche, en Corrèze. «C'était une activité saisonnière, qui ne m'occupait que sept mois dans l'année. J'avais donc beaucoup de temps libre.» Il en profite pour s'initier à la restauration de meubles anciens. Passionné par le travail du bois, il prend même des cours du soir, et finit par décrocher son CAP d'ébéniste. A 30 ans passés, le voila donc propulse artisan. Des rencontres opportunes, ici ou là, vont faire le reste. Laurent Ri chardin quitte la Corrèze pour Paris, où il travaille comme restaurateur de meubles chez une grande spécialiste danoise. «Je débutais à peine dans le métier, et elle m'a fait tout de suite confiance en me laissant m' occuper de pièces du XVIIIe siècle, de très grande valeur. C'était fabuleux.» Quelques années plus tard, sa rencontre avec Etienne Blyelle, président du conservatoire autonome des boîtes à musique, le conduit à s'intéresser à ce produit charmant et désuet. «J'ai trouvé son travail passionnant. Alors, lorsque j'ai eu l'opportunité d'aller travailler avec lui, j'ai sauté sur l'occasion.» Commencent alors des années de rêve. Mais avec un sérieux bémol toutefois: «J'y ai pris beaucoup de plaisir, mais cela ne nourrit pas vraiment son homme...»

En 1992, une nouvelle rencontre décide d'un autre changement de cap. Laurent Richardin croise sur son chemin des journalistes du mensuel Maison Bricolage. «Us avaient besoin de quelqu'un pour poser sur des photos, et c'est tombé sur moi. J'ai sympathisé avec eux et puis, quelque temps plus tard, le rédacteur en chef m'a proposé de m' occuper d'une rubrique dans son journal.» Pari relevé. De 1993 à 2004, Laurent Richar din rédigera, chaque mois, la rubrique «Le coin de l'ébéniste», dans laquelle il évoque son amour du travail du bois. «Il s'agissait d'expliquer les différentes étapes de réalisation d'un meuble», se remémore-t-il avec un brin de nostalgie.

Au fil des numéros, l'artisan prend goût à son activité. Si bien que cette incursion dans le monde du journalisme, d'abord timide, devient durable. Pigiste, chef de rubrique, rédacteur en chef adjoint puis rédacteur en chef: Laurent Richardin gravit tous les échelons de la profession, et y exerce pendant onze années, passant de Maison Bricolage à Système D, mensuel tirant alors à plus de 100 000 exemplaires. «Je m'occupais notamment des bancs d'essai outillage, témoigne-t-il. J'ai ainsi pu tester toutes les machines du marché, et nouer des contacts avec les principaux fabricants, ce qui m'a été très utile au moment où j'ai voulu créer mon école.» Certains de ces fournisseurs, en effet, sont devenus ses partenaires, et vont lui fournir, gratuitement, de l'outillage et des machines, pour l'aider à démarrer sa nouvelle activité.

Parcours

- 1979
Antiquaire à Uzerche, en Corrèze.
- 1984
Restaurateur de boîtes à musique, puis de meubles.
- 1987
Obtient son CAP d'ébéniste.
- 1992-2004
Journaliste à Maison Bricolage, puis à Système D.
- 2006
Lauréat du prix Cré'acc de la 2e vie professionnelle.
- 2007
Ouverture de son école Bois & Bricolage.

Repères

- RAISON SOCIALE
Bois & Bricolage
- ACTIVITE
Cours de bricolage
- VILLE
Montreuil (Seine- Saint-Denis)
- DIRIGEANT
Laurent Richardin, 54 ans et Jean-David Krzton, 28 ans
- ANNEE DE CREATION
Janvier 2007
- EFFECTIF
2 personnes

Mot clés : travail

Jean-Noël Caussil

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