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Mythe et réalité de la génération Y

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Ils ont entre 18 et 30 ans et sont souvent perçus comme la bête noire des dirigeants. Technophiles, indomptables... Les poncifs sur la génération Y ont la vie dure. Et pourtant, ces jeunes ont plus d'un atout à présenter. Les clés pour exploiter au mieux leurs talents.

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D'éternels ados, adeptes des jeans, des geeks indisciplinés et insouciants... La génération Y fait l'objet d'une production livresque pléthorique. Ces jeunes sont-ils pour autant inadaptés au monde du travail? Pour Jean Pralong, professeur de gestion de ressources humaines et titulaire de la chaire en nouvelles carrières à Rouen Business School, « les préjugés doivent cesser, car la génération Y n'existe pas. Il faut sortir de cette approche simpliste de regroupement par tranches d'âge et ne pas occulter les questions de classes sociales, de diplômes et d'expériences. » Pour optimiser au mieux les compétences de ces jeunes, le chef d'entreprise doit donc prendre en compte l'ensemble de ces spécificités.

Le premier jour de travail est une étape importante pour toutes les nouvelles recrues. Mais elle est primordiale pour les moins de 30 ans. « Il est indispensable que le dirigeant prenne du temps pour expliquer à sa nouvelle recrue quel est son rôle », explique Benjamin Chaminade, expert en ressources humaines. Com-prenez qu'il faut mettre en relief le rôle du jeune salarié dans le fonctionnement général de l'entreprise. Pour être le plus explicite possible lors de l'entretien, n'hésitez pas à formaliser par écrit ce que vous attendez de la relation. De même, il est de votre ressort d'expliquer le déroulé de carrière dès le début de la mission de votre collaborateur. « Les jeunes diplômés ont besoin de se projeter et de mesurer l'impact qu'aura leur travail sur les résultats de l'entreprise », poursuit Benjamin Chaminade.

Deuxième conseil : n'hésitez pas à lui donner des consignes et à lui imposer des lignes de conduite. Qu'est-ce qu'un comportement acceptable ? Le tutoiement l'est-il ?

Est-il possible d'utiliser Facebook au bureau ? À quelle heure arriver le matin ? Le port d'un casque de chantier est-il important ou obligatoire? « Les directives doivent être explicites et claires, car les jeunes sont en demande de règles du jeu en matière de comportement et de management. Il ne faut donc pas hésiter à les imposer », poursuit Jean Pralong (Rouen Business School). En clair, vous ne devez donc pas avoir peur de vous affirmer en tant que dirigeant.

@ FOTOLIA / GINA SANDERS

Maurice Di Giusto, dirigeant de la SAS Di Giusto

Maurice Di Giusto, dirigeant de la SAS Di Giusto

TÉMOIGNAGE « Je veille à valoriser mes jeunes collaborateurs »

Sur les 18 salariés que compte l'entreprise d'électricité et de climatisation Di Giusto, huit ont moins de 30 ans. Maurice Di Giusto, le dirigeant, a une façon bien à lui de manager ses jeunes recrues. Il joue la carte de la créativité et met leur talent à l'honneur. Récemment, il a confié à un jeune la réalisation d'un reportage écrit sur un récupérateur d'eau de pluie, afin de le mettre en ligne sur le site de l'entreprise et de l'inclure dans la newsletter. « Il faut valoriser le rôle du salarié et lui fixer de nouveaux défis. La génération Y respecte avant tout une autorité basée sur les compétences, l'écoute et l'accompagnement », explique Maurice Di Giusto. Pour les motiver et les fidéliser, il n'hésite pas non plus à faire des points réguliers avec eux. Un bon moyen de rester visible, accessible et de maintenir une relation personnalisée avec ses collaborateurs, à l'occasion d'événements informels comme des pauses occasionnelles ou des dîners. « Les jeunes mélangent de plus en plus vie privée et vie professionnelle. Ils aiment se confier et doivent savoir qu'ils peuvent compter sur quelqu'un dans l'entreprise », conclut le dirigeant.

Repères

- Activité
Couverture, chauffage, sanitaire
- Ville
Mulhouse (Alsace)
- Dirigeant
Maurice Di Giusto, 56 ans
- Effectif: 18 salariés
- CA 2011: NC

En dépit des clichés, les jeunes de la génération Y sont très attachés au management de proximité et souhaitent être impliqués dans des projets d'envergure.

@ FOTOLIA / TRUDIDESIGN

En dépit des clichés, les jeunes de la génération Y sont très attachés au management de proximité et souhaitent être impliqués dans des projets d'envergure.

Une relation donnant-donnant

Cette génération reste, par ailleurs, très attachée au management de proximité. Prêtez donc attention à la relation personnelle que vous entretenez avec le jeune. Il faut établir un rapport de confiance, mettre en valeur ses actions et donner du sens à son travail. Un aspect qui peut tourner à votre avantage, si vous arrivez à créer une ambiance de travail conviviale.

Autre particularité: les «Y» cherchent un retour sur investissement et misent sur une relation donnant-donnant. Ainsi, les formations ne doivent pas être négligées. Il est par conséquent important de se concentrer sur le développement de compétences réelles et de proposer, par exemple, une formation au secourisme ou à l'installation d'échafaudage. A proscrire: le balayage après le chantier, la surveillance de la bétonnière ou encore le dépoussiérage. « Les entreprises ont beaucoup à gagner en associant leurs nouvelles recrues à des projets d'importance », souligne Benjamin Chaminade. Si vous lancez, par exemple, un plan de prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS) et si vous souhaitez reconfigurer vos locaux, commencez peut-être par en discuter avec vos jeunes salariés. Ou encore, si vous entreprenez une démarche globale de valorisation des déchets, n'hésitez pas à les in former à chaque étape du déploiement du système de collecte mis en place. Le nouveau venu doit sentir qu'il participe à une aventure.

Enfin, la rémunération est également une source de motivation. « S'ils ont pour habitude d'être impliqués dans leur travail, ils entendent recevoir en retour une rémunération juste. Mais attention, il ne faut pas surjouer la sécurité s'il n'y en a pas, et promettre des choses qui restent réalisables aussi bien en termes d'évolution professionnelle que salariale », explique Jean Pralong (Rouen Business School). Soyez donc attentif à l'éthique et à la cohérence entre vos discours et vos actes. Ces critères, s'ils sont respectés, peuvent fidéliser vos salariés.

MALLORY LALANNE

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