Ne soyez plus seul grâce aux réseaux

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Pour s'aérer l'esprit, certains chefs d'entreprise n'hésitent pas à consacrer du temps à des activités en marge de leur travail quotidien. Ils s'investissent dans des associations, deviennent élus dans une commune ou entrent dans une organisation professionnelle.

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Etre patron d'une TPE, c'est s'investir corps et âme dans son activité. Il faut assumer seul toutes les responsabilités de l'entreprise. Il semble alors difficile, pour ces dirigeants, d'imaginer prendre du temps pour eux et pour les autres, en s'engageant dans une association, une organisation professionnelle, voire un parti politique. Jean-Marie Marcos est coach, rattaché au réseau ICF France. Il accompagne de nombreux dirigeants de TPE: « La plupart des entrepreneurs sont des perfectionnistes et des gens entiers, qui ne font pas les choses à moitié. L'envie de s'engager en marge de leur activité professionnelle existe, en général Mais ils pensent qu'ils ne disposent pas de suffisamment de temps pour la concrétiser », décrypte-t-il.

Une soupape de décompression

Les entrepreneurs suivis par Jean-Marie Marcos ne font bien souvent pas directement le lien entre leur engagement extérieur et leur activité de management. « Mais en dialoguant ensemble en séances, les dirigeants réalisent que ces engagements représentent une soupape de dé compression, en période d'instabilité économique, mais aussi en cas de conflits en interne », précise le coach. Selon lui, à un moment donné de leur parcours, ces chefs d'entreprise prennent conscience de l'importance de se réapproprier sa vie, d'en être acteur.

Par ailleurs, dans les TPE, les patrons sont multicasquettes, à la fois dirigeants, directeurs des ressources humaines, comptables ou encore commerciaux. Ce type d'activité annexe leur permet non seulement de rompre avec leur solitude de dirigeant, mais aussi de développer des talents cachés, qui ne demandaient qu'à éclore. C'est notamment le cas d'Yves Robert, un jeune entrepreneur de 30 ans, à la tête de Gyrobois, une société spécialisée dans la construction en bois, implantée dans les Vosges. Il est en même temps pompier volontaire. Une activité qui lui tient à coeur et dont il mesure l'impact sur sa vie professionnelle. « Cela m'évite de penser au travail en permanence. Cette activité m'apprend aussi beaucoup de choses en matière de management et d'organisation », affirme-t-il. En effet, investi au sein des pompiers depuis 14 ans, cette organisation lui a donné un cadre et des valeurs. Et il reconnaît même aujourd'hui, avec du recul, que son engagement n'est sans doute pas étranger à sa réussite en tant que chef d'entreprise.

@ RIKILO / FOTOLIA

@ MACROMAN

Un réseau en plus

D'autre part, Yves Robert reconnaît également que le fait d'être pompier lui permet d'élargir son réseau. «Je rencontre beaucoup de monde, grâce aux pompiers. Et nous bénéficions d'une bonne image auprès des gens. Pour beaucoup de clients, c'est un gage de sérieux et de sympathie », précise le jeune entrepreneur. Même constat pour Hanna Majchrowicz, qui dirige une entreprise de peinture en Seine-Saint-Denis. Elle est aussi élue au sein de la Chambre des métiers et de l'artisanat (CMA) du département. Les rencontres qu'elle a pu faire en tant qu'élue de la CMA lui ont permis de trouver de nouvelles pistes de chantiers, lui ont donné l'occasion d'élargir son portefeuille clients. Pour cette jeune femme qui se trouvait timide, son engagement lui a également permis de prendre confiance en elle, notamment pendant les réunions de la CMA, ou au cours des soirées organisées pour les membres. «Je prends beaucoup de plaisir à échanger avec d'autres femmes chefs d'entreprise, mais aussi avec des entrepreneurs en général, qui rencontrent au quotidien les mêmes problématiques que moi », raconte, Hanna Majchrowicz.

Savoir poser des limites

L'engagement est donc un choix très personnel. Chacun décide de consacrer son temps à une activité pour des raisons propres, ainsi qu'à des fréquences différentes. Car il ne faut pas perdre de vue son entreprise. Appartenir à un réseau peut aussi s'avérer très chronophage, avec des réunions le soir et le week-end. Ce qui peut contraindre le patron à repenser l'organisation de son entreprise. «Je ne me laisse pas déborder par mon activité de pompier. Mais quand j'ai beaucoup de travail, je n'hésite pas à faire appel à des auto-entrepreneurs que je connais bien », précise Yves Robert. Le plus dur est donc de trouver le bon équilibre. Finalement, le point commun entre tous ces chefs d'entreprise engagés, c'est qu'ils ont appris à s'organiser, c'est-à-dire à prendre du temps pour eux, même en cette période d'instabilité économique.

Focus

Quel réseau pour quel but?
Tous les chefs d'entreprise qui s'engagent ne le font pas pour les mêmes raisons. Il s'agit d'un choix très personnel. En fonction de vos envies, voici une liste, non exhaustive, de structures auprès desquelles vous pourrez, dans un premier temps, vous renseigner, échanger, et pourquoi pas vous investir par la suite.
- Représentation syndicale: Capeb, FFB, CGPME, UPA.
- Engagement citoyen: mécénat, associations humanitaires, CMA, pompiers volontaires.
- Réseaux business: Rotary Club, tous les réseaux d'affaires.

Zoom

Le mécénat d'entreprise, une autre forme d'engagement
Le mécénat d'entreprise peut être un bon compromis pour s'engager personnellement, tout en sensibilisant ses salariés. Par mécénat, il faut entendre engagement libre de l'entreprise au service de causes d'intérêt général. Il peut s'exprimer dans de nombreux champs: social, éducation, santé, sport, environnement, solidarité internationale ou encore patrimoine. Cette relation doit s'inscrire dans la durée, sous la forme d'un don financier, de produits, de technologie ou d'un apport de compétences, sans recherche d'impact sur ses activités marchandes. Et les TPE ont toutes leur place dans ce type de dispositif. L'Admical (Association pour le développement du mécénat industriel et commercial) souligne, d'ailleurs, que depuis plusieurs années, les petites entreprises occupent clairement le premier rang des mécènes: 32 % des entreprises de moins de 100 salariés sont mécènes, contre 27 % des moyennes et grandes entreprises. Les PME représentent désormais 93 % des mécènes (contre 85 % en 2010).
Stéphane Juillard est dirigeant d'Elec 90, une entreprise d'électricité et de chauffage, située à Belfort (Territoire de Belfort): «Depuis près de dix ans, l'entreprise apporte un mécénat financier au festival des Eurockéennes de Belfort, un événement culturel incontournable. Cette démarche a incontestablement amélioré notre image.» Le mécénat peut donc également avoir des retombées intéressantes pour son entreprise.


Renseignements sur le site internet de l'Admical: www.admical.org

Juliette Plouseau

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