Osez ouvrir vos portes au public

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Ouvrir les portes de votre atelier est un excellent moyen de valoriser votre métier, de capitaliser sur votre image de marque et de vendre. Quelques conseils pour accueillir au mieux les visiteurs.

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Face à l'essor du tourisme industriel, de plus en plus d'artisans invitent le grand public à pousser la porte de leur entreprise. Les attentes de ces entrepreneurs sont nombreuses: gagner en notoriété, valoriser leur métier, susciter des vocations, motiver leur personnel, toucher de nouveaux clients, augmenter leurs ventes... «Si certaines entreprises ouvrent leurs portes de manière occasionnelle, d'autres professionnalisent cette activité et construisent leur offre autour de cette forme de tourisme», analyse Christian Piat, fondateur de l'agence d'ingénierie touristique Optim Accueil. C'est dans cet esprit que Philippe Huertas, artisan savonnier à Montaut (Ariège), ouvre ses portes depuis 1988. «Nous réalisons aujourd'hui près de 65 % de notre chiffre d'affaires en vente directe. Pour cela nous avons dû aménager notre site, et réfléchir à un circuit de visite court et percutant pour inciter à l'achat.»

Méthodologie

Réussir une visite d'atelier


Pour ce qui est de la conception du circuit en lui-même, structurez votre visite en adoptant un ordre logique.
- Après un mot de bienvenue, il est conseillé de présenter l'histoire et le contexte économique, ainsi que les processus de fabrication, en montrant que votre entreprise s'inscrit bien dans le marché actuel.
- Ne vous éparpillez pas dans votre exposé. La visite ne doit pas excéder une heure trente. Si vous choisissez d'appuyer votre discours de différents supports (vidéo, panneaux signalétiques, documents papier...), sachez être concis et pédagogique.
- Soignez votre voix et votre gestuelle et adaptez-vous à votre public. Suscitez les cinq sens de vos visiteurs. Ces derniers ont soif d'authenticité. Vous ne devez pas seulement raconter ce que vous faites au quotidien, mais le montrer in vivo.
- Si vous désirez vendre en fin de visite, prévoyez une mise en valeur de vos produits. Offrir une dégustation ou un souvenir est conseillé.
- Enfin, n'hésitez pas à discuter avec les visiteurs pour voir si votre message a bien été perçu.

Un investissement en temps et argent

De fait, ouvrir son atelier ne s'improvise pas. «Avant de mettre en route ce genre d'opération, il convient d'en définir les objectifs», conseille Cécile Pierre, dirigeante de l'Agence de développement de la visite d'entreprises (Adeve). Sans oublier qu'une telle démarche requiert un investissement en temps et en argent. Vous pouvez obtenir des informations sur les démarches à suivre auprès de votre Chambre de commerce et d'industrie de la Chambre de métiers et de l'artisanat ou via les agences spécialisées dans la visite d'entreprises. Ces différents établissements peuvent vous renseigner sur les actions menées localement par les collectivités territoriales et les associations, ainsi que sur les éventuelles subventions accordées par la Ville, le Département ou la Région. Ils peuvent également vous fournir la liste des déclarations obligatoires. Lorsque votre initiative s'inscrit dans le cadre d'une manifestation locale, régionale ou même nationale, un dossier doit être préalablement rempli, généralement auprès de la mairie. La commission communale de sécurité peut inspecter vos locaux pour déterminer si vous êtes aux normes. Il est également conseillé de contacter le service d'incendie et de secours de votre département pour connaître les obligations propres à votre structure, qui dépendent du nombre de visiteurs accueillis. Autre point à ne pas négliger: l'accès de votre atelier aux personnes à mobilité réduite, régi par la loi du 11 février 2005. Enfin, n'oubliez pas de prévenir votre compagnie d'assurance afin de prévoir une extension de votre contrat. Mais rassurez-vous: si vous souhaitez accueillir moins de 50 personnes à la fois, les contraintes restent assez légères. Il vous suffit de présenter un atelier propre et sécurisé afin d'accueillir le public dans les meilleures conditions.

Réfléchir à la mise en place des visites

La concurrence est de plus en plus rude sur le territoire des visites d'entreprises. Sachez, par conséquent, vous démarquer. «La visite doit être abordée comme un média de communication à part entière, indique Patricia De Pas, directrice associée de l'agence Portes Ouvertes et fondatrice d'In-Folio, cabinet spécialisé dans l'accompagnement des entreprises désireuses d'ouvrir leurs portes au public. Bâcler ses visites et véhiculer une mauvaise image s'avère beaucoup plus dangereux que ne pas communiquer du tout.» Réfléchissez aux objectifs précis de cette démarche: s'agit-il de vendre, de tester des produits, d'attirer une nouvelle clientèle, de susciter des vocations chez les plus jeunes? Mieux vaut cibler son public. Sachez que faire payer l'entrée de votre atelier (pas plus de 4 euros) permet de cibler les visiteurs les plus passionnés. Avant de mettre en place vos visites, réalisez un cahier des charges précis du contenu de la visite. «Il paraît primordial de réunir tous les salariés pour déterminer le type de visite, le circuit approprié, la cible, la période et la durée, les moyens matériels et humains, ainsi que la communication dédiée à cette action», énumère Cécile Pierre. Par ailleurs, solliciter ses salariés en amont et pendant les visites permet de les valoriser et de les motiver. Enfin, une telle opération nécessite la mise en place d'un planning de communication et l'utilisation de supports publicitaires. Un point que soigne particulièrement Philippe Huertas, artisan savonnier. «Pour faire connaître notre démarche, nous informons les autocaristes et distribuons des prospectus aux restaurants, hôtels, et offices de tourisme de notre région», souligne-t-il. Quant à Christophe Rebinguet, maçon à Ginestet (Dordogne), qui présente ses réalisations dans un hall d'exposition, il se fait connaître à coup de publicité dans la presse locale et de mailings ciblés. «Le tout est de rester crédible et pas trop protocolaire. Il est également primordial de tenir un discours en adéquation avec la réalité de son travail. »Vous pouvez aussi utiliser vos outils de communication habituels. Dans tous les cas, sachez être simple et percutant pour susciter l'intérêt.

Patrick Autissier (à gauche) avec l'un de ses stagiaires Les journées portes ouvertes permettent de susciter des vocations

@ DR

Patrick Autissier (à gauche) avec l'un de ses stagiaires Les journées portes ouvertes permettent de susciter des vocations

Témoignage
Patrick Autissier, Courbevoie (Hauts-de-Seine)

«Les journées portes ouvertes demandent du temps, mais elles en valent la peine»


Pas besoin de posséder un grand atelier pour accueillir le public. Pour preuve, Patrick Autissier, qui exerce dans 33 m2, profite des journées portes ouvertes de promotion de l'artisanat organisées par le comité départemental des Hauts-de-Seine pour accueillir de petits groupes de 15 personnes. Le vitrailliste reçoit également les associations et comités d'entreprise. Et il en est ravi «Il suffit de préparer ses visites en amont, témoigne-t-il. Il faut ranger son atelier, protéger les matériaux et outils fragiles ou dangereux, et mettre en avant, bien entendu, ses plus belles réalisations. C'est bien plus simple à organiser qu'une exposition extérieure, contraignante en termes de logistique.» Pour être plus disponible, l'artisan regroupe ces portes ouvertes sur les week-ends. «Présenter son atelier demande un investissement en temps et en communication», précise Patrick Autissier. De fait, ce dernier ne se contente pas de montrer ses oeuvres. Il s'applique à concevoir de véritables conférences relatant l'histoire du verre et du vitrail, ainsi que les différentes techniques de travail. Le tout est accompagné de documents remis aux visiteurs. Et comme tout travail mérite un salaire, il a décidé de faire payer 10 euros l'entrée de son atelier. «Loin de rebuter les visiteurs, cette participation touche des personnes véritablement intéressées par mon travail. Cela m'aide à valoriser mon métier, à attirer des stagiaires et même à conquérir des clients.»

Sophie Sanchez

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