Mon compte Devenir membre Newsletters

Polonais = 1 - BTP: 0

Publié le par

«Patron voyou», «banditisme patronal». Les mots résonnent durement. Ils sont employés par la CGT pour décrire un fait divers qui s'est déroulé il y a quelques jours à Eyne, une petite bourgade des Pyrénées-Orientales. Au premier abord, ce village touristique n'a rien d'un décor de Far West. Et pourtant! C'est là qu'une cinquantaine d'ouvriers polonais, ne parlant pas français, ont été littéralement abandonnés par leur patron. Durant deux mois et demi, ils n'ont perçu aucun salaire, contraignant finalement la municipalité à prendre en charge leur alimentation durant une dizaine de jours. Journaux télévisés de 13 h et de 20 h, quotidiens nationaux, flash info des radios, Internet... Tous les médias se sont emparés de l'information. Pour l'image du BTP, c'est un désastre, alors que le secteur compte une myriade d'entrepreneurs honnêtes et soucieux de leurs équipes. Car le secteur a déjà une réputation sulfureuse en matière de respect du droit du travail. Et souvent, les protagonistes malheureux des affaires qui éclatent sont des ouvriers polonais, comme sur les chantiers navals de Samt-Nazaire ou de construction à Marseille... Les faits divers se suivent et se ressemblent, associant chaque fois dans l'inconscient collectif le bâtiment à des pratiques illégales et moralement répréhensibles. Toute l'ironie de l'histoire, c'est que ce même ouvrier polonais qui drame aujourd'hui, ajuste titre, la sympathie du grand public a, il n'y a pas si longtemps encore, cristallisé son aversion. C'était en 2005. Les Français avaient voté «non» au référendum sur la Constitution européenne, marquant notamment leur crainte d'un afflux des travailleurs des pays de l'Est. Les méchants d'hier sont devenus les victimes d'aujourd'hui. La morale est sauve. Mais le BTP, lui, vient encore de marquer des points contre son camp . . .

Nelly Lambert Rédactrice en chef

)