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Seniors, si vous transmettiez votre savoir-faire?

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Initiative. Parrainage, promotion des métiers du bâtiment dans les écoles, missions humanitaires internationales dans des pays en voie de développement: les seniors, qu'ils soient retraités ou encore en activité, sont de plus en plus nombreux à vouloir transmettre leur savoir.

Les poignées de main sont franches et les sourires amicaux. Michel Ardon, artisan menuisier ébéniste fraîchement retraité, rencontre pour la première fois son filleul. Depuis début mai, il réalise pour le compte de ProBTP une mission de parrainage. Cet ancien chef d'entreprise fait profiter ce jeune de 23 ans, à la recherche d'un CDI dans le domaine de l'éclairage public, de son carnet d'adresses, de sa disponibilité et de son écoute. « Je me rapproche de la Capeb et d'associations de réinsertion qui me fournissent de nombreuses offres d'emploi, détaille Michel Ardon. Je m'appuie également sur mon réseau professionnel et mes connaissances afin d'orienter mon filleul vers les bonnes personnes et le préparer aux entretiens d'embauche. » Et cela fonctionne. L'année dernière, cet artisan a parrainé un jeune titulaire d'un bac professionnel et lui a permis de décrocher au bout de 10 mois de recherche un CDI dans une entreprise de charpente aluminium. « Ces anciens professionnels s'investissent fortement et témoignent d'une réelle connaissance du secteur. Ils peuvent s'ils le souhaitent mener plusieurs accompagnements de front. Les réunions avec leur filleul se déroulent une à deux fois par mois afin de faire un point sur leur situation », détaille Alain Curvale, de la direction des activités sociales générales de ProBTP. Ainsi, en 2009, cet organisme a accompagné 760 jeunes dont 676 ont accédé à un emploi. Ces initiatives, pour le moins honorables, reflètent une tendance lourde et un sincère besoin des artisans de contribuer à la réussite de projets.

« Près de 65 % des Français de plus de 50 ans souhaitent reprendre ou ont une activité pendant leur retraite, selon une étude que nous avons réalisée en avril 2010, observe Bertrand Favre, fondateur de Bitwiin, site gratuit de mise en relation de seniors actifs avec des associations et des entreprises. Ces préretraités ou retraités sont aujourd?hui en pleine forme physique et intellectuelle et ont une attente forte en termes de loisir et d'activité. Ils souhaitent donc à la fois s'épanouir et restituer leur utilité sociale. »

Les artisans retraités désireux de transmettre leur savoir-faire peuvent s'investir dans de nombreux dispositifs de parrainage et autres missions humanitaires.

@ FOTOLIA/IRINA FISCHER

Les artisans retraités désireux de transmettre leur savoir-faire peuvent s'investir dans de nombreux dispositifs de parrainage et autres missions humanitaires.

Des seniors dynamiques

Un dynamisme fortement apprécié des associations qui souhaitent promouvoir les métiers de l'artisanat auprès des plus jeunes. A commencer par l'association l'Outil en main, créée en 1987. Aujourd'hui, elle regroupe 850 professionnels répartis dans 75 associations. Son objectif? Initier des jeunes de 9 à 14 ans aux métiers manuels et artisanaux dans un cadre réel d'atelier, avec de vrais outils. Ces réunions hebdomadaires permettent de promouvoir auprès des jeunes des professions souvent méconnues (maçonnerie, menuiserie, serrurerie, électricité). « Selon une récente étude réalisée par l'association, entre 15 et 20 % de ces enfants ayant participé à nos ateliers se tournent ensuite vers ces métiers manuels », se félicite Serge Llehi, président de l'Outil en main de Toulouse. André Bompa, membre de l'association et ancien dirigeant d'une entreprise d'électricité et de menuiserie en Haute-Garonne, se rend tous les mercredis après-midi dans les locaux des compagnons du devoir à Toulouse. Il initie trois à quatre enfants à la construction d'un mur, au crépissage, à la pose de carrelage ou encore à la construction d'une table en bois. Sa motivation, il la trouve dans le partage de ses connaissances. « Tout est très ludique. A la fin du stage, l'association convie les parents lors d'une soirée de remise des diplômes et nous en profitons pour donner à ces collégiens certaines de leurs réalisations. » Sur le même principe, la Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment) forme les professionnels intéressés par ce type d'échanges afin qu'ils deviennent des «Artisans messagers». L'objectif est d'intervenir en milieu scolaire, de communiquer et de sensibiliser, voire de susciter des vocations en offrant une information pertinente sur les métiers du bâtiment et les filières de formation.

Une autre activité attire les professionnels: les missions à l'étranger. Le Cosame (coopération et soutien aux artisans et micro-entreprises du Sud), fondé par l'Assemblée permanente des chambres de métiers et l'ONG la Guilde européenne du raid, propose différents programmes internationaux. D'une part, la mission «conseil et assistance technique» est destinée à former des jeunes et des populations défavorisées. D'autre part, le programme de «compagnonnage artisanal» s'adresse à des professionnels confirmés qui mettent en avant leur compétence auprès de salariés et de chefs d'entreprises. A 50 ans, Didier Duchêne, dirigeant d'une entreprise métallique dans l'Aube, est parti au Sénégal vendre son expertise en matière de ressources humaines. Cette mission de compagnonnage artisanal a pour objectif de réorganiser et restructurer les activités de huit entreprises. Son emploi du temps ne lui laissant guère le temps de voyager, Didier Duchêne privilégie la saison estivale, période creuse pour les constructeurs. « Je me suis fait le porte-parole des salariés et j'ai convaincu un chef d'entreprise de fournir à son équipe des chaussures de sécurité, détaille l'artisan. Dans un deuxième temps, j'ai sensibilisé les chefs d'atelier à l'importance de mieux répartir les richesses de la structure et de dissocier la comptabilité de l'entreprise et celle de la famille. Pour cela, j'ai contacté le ministère et me suis rendu dans une banque pour créer deux comptes distincts. » Au fil des rencontres, Didier Duchêne a pris conscience de l'importance de son rôle de chef d'entreprise, garant des valeurs du métier. « Les personnes formées reconnaissent qu'elles acquièrent plus vite confiance en elles, identifient plus clairement les décisions à prendre et se développent davantage.

TÉMOIGNAGE

Francis Maffre, menuisier retraité depuis deux ans, Albi (Midi-Pyrénées)
Après s'être envolé en 2006 et 2007 pour le Niger, Francis Maffre, bénévole pour le Cosame, est parti en Mauritanie. Avant son départ, il a participé à une réunion d'information. « Pendant cette demi-journée de briefing, le Cosame m'a prodigué des conseils, notamment sur la culture d'entreprise africaine, et s'est occupé des questions administratives comme la réservation des billets d'avion et de l'hôtel. » Lors de cette mission de quatre semaines, l'artisan a visité neuf ateliers de menuise rie et observé attentivement les méthodes de travail afin de perfectionner certaines techniques. Il a suggéré également aux entreprises de s'inscrire sur des annuaires généraux afin d'augmenter leur visibilité. « Tout a été retranscrit dans un compte-rendu à la fin de ma mission, afin qu'il y ait un suivi sur place. »

Zoom sur Les qualités requises pour s'engager aux côtés d'une ONG internationale

Si vous souhaitez partir au bout du monde avec une ONG, il vous faudra justifier d'expérience et de débrouillardise. A titre d'exemple, les compétences générales demandées par le Cosame sont la flexibilité, la capacité à s'adapter au stress, la sensibilité, la coopération et une bonne communication. L'artisan doit aussi faire preuve d'une expertise dans un domaine (mécanique, menuiserie ou électricité, par exemple) car bon nombre de volontaires consacrent l'essentiel de leur temps à former les populations. Cela nécessite en effet de maîtriser son métier pour savoir l'adapter au contexte local.

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