Rénovation énergétique : ce qui va changer pour les artisans du bâtiment

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Rénovation énergétique : ce qui va changer pour les artisans du bâtiment
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Présenté fin avril 2018 par le gouvernement, le Plan de rénovation énergétique des bâtiments prévoit une série de mesures pour soutenir ce type de travaux dans le cadre de la transition énergétique. De quoi impacter les professionnels qui réalisent les chantiers. Voici comment.

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"Make our planet great again". Un slogan à la mode présidentielle ? Ou bien un réel enjeu de société à laquelle la filière du bâtiment peut, à sa façon, contribuer ? C'est, du moins, le contexte dans lequel s'inscrit le Plan de rénovation énergétique des bâtiments, présenté conjointement par Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, le 26 avril 2018.

Un plan qui ambitionne à la fois, notamment, d'augmenter le pouvoir d'achat des Français et de lutter contre le changement climatique. Dans ce cadre, il comporte des dispositions de nature à impacter, à plus ou moins long terme, les artisans du bâtiment. En premier lieu, mais pas seulement , par le fait qu'augmenter les ressources disponibles pour les ménages permet de stimuler la demande.

Si les grands axes de travail ont été fixés à l'occasion de cette présentation, les discussions sur les mesures concrètes se poursuivaient encore au mois de mai. Avant que ces mesures ne soient actées, la FFB confiait le 7 mai 2018 que "sur les grands objectifs, nous sommes d'accord sur l'urgence de rénover le parc. Il est important de tenir les engagements du sommet de Paris".

"Il est clair que le message donné aux artisans est qu'avec ce Plan de rénovation, l'engagement se situe sur la longue durée", explique Alain Maugard, président de l'organisme de qualification et certification Qualibat. D'où l'intérêt d'ores et déjà, pour les professionnels, de se mettre en ordre de marche en investissant ou en renforçant leur ancrage sur le créneau, afin de pouvoir en profiter par la suite.

"Pour les artisans, cela implique de se dire que la question de l'efficacité énergétique est devant soi pour longtemps, qu'ils ont tout intérêt à être bons, que ce n'est pas une mode", poursuit l'expert.

Dans les coulisses du Plan

Le Plan est issu d'une consultation menée de novembre 2017 à janvier 2018 avec les acteurs concernés par la rénovation énergétique. Basé sur une dizaine de réunions thématiques, une soixantaine d'ateliers en région et 550 contributions en ligne, il établit des objectifs en quatre axes :

- faire de la rénovation énergétique des bâtiments une priorité nationale ;
- massifier la rénovation des logements et lutter contre la précarité énergétique ;
- accélérer la rénovation et les économies d'énergie des bâtiments tertiaires ;
- renforcer les compétences et l'innovation.

Il attribue des moyens notamment financiers pour atteindre ces objectifs. Autre dimension, il prend en compte les territoires, parties prenantes sur les questions touchant à la rénovation énergétique. A l'horizon 2050, tout le parc devra être rénové au niveau bâtiment basse consommation (BBC).

Un marché renforcé grâce aux aides ?

Au rang des priorités, le Plan, en mettant le pouvoir d'achat au coeur des préoccupations, prévoit un renforcement des aides à destination des ménages. Le CITE (crédit d'impôt pour la transition énergétique) sera remplacé par une prime en 2019. L'écoprêt à taux zéro sera revu et "mis en cohérence" avec la prime, via par exemple une simplification des conditions pour l'obtenir.

Par ailleurs, les moyens de l'Anah (Agence nationale de -l'habitat) seront renforcés. 1,2 milliard d'euros seront débloqués sur cinq ans pour accompagner la rénovation de 75 000 logements par an -contre 50 000 auparavant-, via des aides accordées aux particuliers qui lancent des projets de rénovation énergétique.

"C'est une visibilité sur cinq ans pour l'aide aux ménages pour le financement de travaux", avance Vincent Perrault, responsable du programme d'aides Habiter mieux au sein de l'Anah.

Une visibilité pour les particuliers qui ne devrait pas manquer d'impacter les artisans: si demander des aides devient plus évident, ils pourraient être plus enclins à le faire, et donc, potentiellement, plus nombreux à chercher des prestataires pour réaliser les travaux. "La majorité des entreprises qui interviennent sur nos dossiers sont des entreprises artisanales de moins de cinq salariés", précise l'expert.

Un bémol? L'augmentation des objectifs (de 50 000 à 75 000 logements annuels) a pu engendrer des phénomènes de retard dans l'attribution des aides. Des retards qui constituent des obstacles à la fluidité du processus.

Pour pallier cette difficulté, l'Anah dit avoir renforcé au fur et à mesure du temps la possibilité de réaliser sa demande d'aide par voie numérique. Un canal destiné, notamment, à accélérer les démarches. De quoi aider encore les ménages. Et donc augmenter leur besoin de solliciter des professionnels du bâtiment.

Quel rôle pour les artisans ?

Autre implication pour les artisans: s'ils peuvent bénéficier d'un potentiel de clientèle plus important, ils peuvent aussi être acteurs de cette transformation, en oeuvrant pour que les particuliers connaissent mieux les aides auxquelles ils ont droit. C'est le sens d'une convention de partenariat signée entre l'Anah et la Capeb le 23 mai 2018.

"Cette dernière prolonge et généralise une expérimentation menée conjointement par l'Agence et le syndicat professionnel depuis 2016 dans six départements, et qui vise à faire des artisans des prescripteurs de l'offre Habiter Mieux", explique l'agence sur son site.

D'après cette convention, il revient aux artisans de faire la promotion des aides disponibles auprès des particuliers. Une façon pour eux de s'ouvrir de nouvelles opportunités de business. À condition toutefois d'accepter de revoir leur façon de communiquer.


Amélie Moynot

Amélie Moynot

Journaliste

Journaliste depuis 2009, j’ai rejoint la rédaction de Commerce Magazine, Artisans Mag’ et Chefdentreprise.com en 2015. Mes domaines de prédilection : [...]...

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