Faut-il reprendre une entreprise à la barre du tribunal ?

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Faut-il reprendre une entreprise à la barre du tribunal ?

Acquérir une société défaillante est une décision qui doit être murement réfléchie. Cette opération stratégique peut vous permettre de grandir plus rapidement en développant votre chiffre d'affaires. Mais un mauvais achat risque de gangrener votre propre résultat financier.

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"C'est l'occasion qui fait le larron", un proverbe qui se vérifie bien souvent. Mais, dans le cas présent, cette expression est à prendre avec des pincettes, tant la reprise d'une entreprise en difficulté ne s'improvise pas. La raison : vous risquez d'hériter d'une mauvaise affaire ou, pire, de vous retrouver vous-même en redressement ou en liquidation judiciaire. "Il est préférable de prendre le temps de consolider son projet avant même de guetter les opportunités qui se présentent, préconise Mélanie Rouger, avocate associée au sein du cabinet Saje. Dans le cas inverse, un dossier de reprise préparé à la va-vite peut être mal calibré et, finalement, ne pas être retenu ou ne pas coïncider avec le budget prévisionnel du repreneur."

D'autant que les occasions ne manquent pas. Il se vendrait chaque année près d'un millier de sociétés défaillantes à la barre du tribunal. Où les dénicher ? En s'abonnant par exemple sur le site Infogreffe.fr, le service d'information des greffes des tribunaux qui avertit à J+1 des modifications se rapportant à une société (liquidation, cessation de paiement...), en consultant les annonces du Bodacc (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) ou parues dans la presse économique. Et en prêtant une oreille attentive aux "bruits de couloir". "Racheter un concurrent que l'on sait en mauvaise posture constitue une opportunité ­intéressante, dans la mesure où l'on connaît sa zone de ­chalandise, ses valeurs et parfois même ses salariés", souligne ­Mélanie Rouger.

La marche à suivre

Aussi idéale soit-elle, cette situation ne dispense pas d'entamer une analyse approfondie en contactant, en premier lieu, l'administrateur judiciaire en charge de la reprise de l'entreprise, pour recueillir les éléments juridiques, commerciaux et financiers (comptes annuels, bilan social, liste des contrats, etc.). "Soyez attentifs quant à la part de marché de l'entreprise, son chiffre ­d'affaires, ses équipements et ­matériels, sa clientèle, ses faiblesses, etc.", détaille Nassim ­Bendjelloul, expert-comptable et ­commissaire aux comptes chez Nextcompta.

Reste ensuite à délimiter le périmètre de votre offre de reprise et votre prix d'achat. "Son évaluation repose sur une approche multicritère qui doit tenir compte du patrimoine, de la rentabilité, du caractère volatile ou non de la clientèle, des conditions de sauvegarde de l'emploi, etc., précise Nassim Bendjelloul. Elle doit être calculée au plus juste pour se démarquer des autres propositions émanant d'un ou de plusieurs repreneurs potentiels."

Une fois les dossiers déposés au tribunal de commerce - dans un délai compris entre un et quatre mois -, les repreneurs potentiels sont conviés à un grand oral afin de mettre en exergue les perspectives économiques et sociales de leurs ­projets. Avant d'entendre le ­verdict final.

Fanny Perrin d'Arloz

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