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Retards de paiement: les TPE et les PME prises à la gorge

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Le retard de paiement moyen explose pour les PME : 14,5 jours contre 11,8 jours en 2016, selon le baromètre ARC publié mardi 3 octobre 2017. Un problème dénoncé par Bruno Le Maire, qui se dit favorable à un renforcement de la politique du "name and shame".

Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances, a participé mardi 3 octobre 2017 à un petit-déjeuner débat avec des chefs d'entreprises organisé par le cabinet ARC

Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances, a participé mardi 3 octobre 2017 à un petit-déjeuner débat avec des chefs d'entreprises organisé par le cabinet ARC

C'est un cercle vicieux dont il est parfois difficile de s'extirper. Alors que la situation s'est améliorée du côté des grandes entreprises, la durée moyenne des retards de paiement a explosé en 2017 pour les PME, passant de 11,8 jours en 2016 à 14,5 jours en 2017, selon le 7e baromètre* publié par le cabinet ARC mardi 3 octobre 2017. Chiffre encore plus impressionnant : tandis que les gros retards (supérieurs à 30 jours) étaient en baisse en 2016, ils repartent à la hausse cette année. Ils représentent 11% du total des retards pour les PME, contre 4% en 2016.

"Cette première phase de reprise économique est source de tensions pour la gestion de ces entreprises, puisqu'elle suppose la reprise des investissements avec une trésorerie encore fragile", commente Denis Le Bossé, président du cabinet ARC. 94% des dirigeants sondés pensent que le non-respect des délais de paiement met en danger la santé des entreprises, pouvant aller jusqu'au dépôt de bilan.

Une spirale infernale

Face aux besoins de trésorerie, 35% des dirigeants utilisent le découvert bancaire, et 27% allongent le délai de paiement fournisseur, alimentant ainsi une spirale, à l'origine d'un quart des faillites. "Les TPE et les PME manquent de fonds propres. En parallèle, les clients paient en retard. Les petites entreprises sont donc prises à la gorge", constate Kérine Tran, directrice juridique du cabinet ARC. "Il existe toujours un rapport de force. Nombre de petites et moyennes entreprises sont tétanisées de relancer leurs clients grands comptes de peur de perdre des parts de marché", note Denis Le Bossé, président du cabinet ARC.

Pour enrayer ce problème, plus d'un entrepreneur sondé sur deux (56%) plébiscite un renforcement de la politique du "name and shame" et un affichage des entreprises sanctionnées sur les bases d'informations légales. 57% pensent que la dématérialisation des factures aura un effet positif sur la réduction des délais de paiement. Autre solution envisagée: Un tiers des entrepreneurs se prononcent en faveur d'une réduction du délai maximum de paiement à 30 jours, date de facture. "Le délai légal actuel n'est pas lisible et crée une confusion: 30 jours à réception de facture, 45 jours fin de mois, 60 jours dérogations par secteurs", insiste Denis Le Bossé.

Réagissant aux chiffres présentés, Bruno Le Maire a dénoncé un vrai problème culturel qui doit être résolu. "Les délais de paiement sont encore trop longs dans le secteur public. Cela reste inacceptable. L'État doit être exemplaire. C'est une question que je fixerai dans la loi des transformation des entreprises, que je porterai en avril prochain devant le Parlement", a-t-il déclaré.

Une baisse du délai maximal de paiement

Le ministre de l'Économie et des Finances s'est dit par ailleurs ouvert à un renforcement de la politique du "name and shame". "Les TPE et les PME doivent être les plus soutenues. Je suis favorable à une baisse du plafond légal des délais de paiement", a martelé Bruno Le Maire.

"Il y a aujourd'hui un problème de financement et de fonds propres pour une raison simple : la profitabilité des entreprises est trop faible car l'impôt est trop élevé. Et les charges sont trop lourdes. Nous avons pour coutume de dire que les banques ne veulent pas prêter. Ce n'est pas le vrai problème, a insisté le ministre de l'Économie et des Finances. C'est commode de dire cela. On trouve un bouc émissaire et on tape dessus. Les banques ont des ratios prudentiels à respecter. Essayons de voir le coeur des problèmes".

Pour Bruno Le Maire, la confiance représente un élément déterminant de la compétitivité des entreprises. "Ce qui va également donner des résultats, c'est une politique fiscale stable. L'allègement de la fiscalité du capital, la récompense du risque... ce cadre fiscal n'a pas vocation à bouger", a-t-il insisté. Le ministre a par ailleurs annoncé qu'une évaluation de la politique fiscale du gouvernement serait confiée d'ici deux ans aux parlementaires, à la Cour des Comptes et à l'Insee.

*Méthodologie du baromètre: 359 entreprises de 50 salariés et plus ont été sondées entre le 11 et le 20 septembre 2017.

Une réforme de l'ISF précisée

Bruno Le Maire est par ailleurs revenu sur la réforme de l'ISF et la polémique autour de la taxation des biens de luxe qui agite depuis plusieurs jours la classe politique. "Il existe déjà un droit de francisation qui porte sur les navires de plaisances, et un malus automobile de 10 000 euros pour les véhicules émettant 191 g et plus. Si une majorité de parlementaires veulent durcir ces règles, nous sommes ouverts à regarder ces amendements. Mais il ne faut pas fragiliser les piliers de notre économie comme les contructeurs de bateaux en Vendée".

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