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Transition énergétique : une révolution pour le bâtiment ?

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L'adoption de la loi sur la transition énergétique donne le top départ du déploiement de la rénovation énergétique pour l'ensemble des constructions. Elle va entraîner des changements pour les professionnels du bâtiment d'ici à 2020. Explications.

Transition énergétique : une révolution pour le bâtiment ?

C 'est une année chargée pour le climat en France. À quelques semaines de la COP 21, qui réunira à Paris quelque 25 000 délégués officiels et observateurs internationaux, le gouvernement a décidé de "montrer l'exemple", s'engageant à faire de la France "le pays de l'excellence environnementale". Il a donc mis le paquet en adoptant en procédure accélérée fin juillet la loi pour la transition énergétique et la croissance verte. Ce texte donne un cap avec des objectifs chiffrés à moyen et long termes.

Ils sont au nombre de trois : réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 - et les diviser par quatre à l'horizon 2050 -, diminuer la consommation énergétique finale de 50 % en 2050 par rapport à 2012, disposer d'un parc immobilier dont l'ensemble des constructions sont rénovées en fonction des normes "bâtiment basse consommation" ou assimilées d'ici à 2050.

Des enjeux qui ne doivent pas effrayer les acteurs. Au contraire. "Cette loi n'est pas une révolution mais plutôt une bascule structurelle. Les artisans n'ont pas attendu le vote de la loi pour prendre conscience de ces enjeux et s'organiser pour monter en compétences, souligne Sabine Basili, vice-présidente de la Capeb, chargée des affaires économiques. En 2007, déjà, les professionnels ont commencé à appréhender la baisse des consommations d'énergie et engagé des démarches de formation dans leur entreprise grâce au dispositif Fee Bat et sur les équipements performants auprès des fabricants. "

Nouvelles modalités de travail

Concrètement, pour les artisans du BTP, cette loi va constituer un changement dans les pratiques professionnelles. Et ­précisément une évolution dans les modalités de travail. La ­coopération et la communication entre l'ensemble des corps de métier vont être renforcées pour répondre aux enjeux transversaux, veiller aux incompatibilités des matériaux et des systèmes afin de garantir les résultats de consommation énergétique.

Cela implique, par exemple, en amont, des interventions concertées avec d'autres professionnels, des rôles de sensibilisation des chefs de chantier. " Pour réussir ce challenge, nous devons favoriser l'approche globale, le travail en réseau ou encore les groupements d'entreprises ", confie Anne-Lise Deloron, directrice adjointe du Plan Bâtiment Durable. Il faut aussi travailler à ce qu'une offre de qualité soit au rendez-vous, notamment avec la massification de la mention RGE.

Une offre qui devra être adaptée avec un discours centré sur la valeur verte des logements rénovés et le confort. " Toute la filière est concernée : de l'industriel qui va devoir développer des produits plus performants, au maître d'oeuvre qui va appréhender le coût global des opérations différemment, en passant par les entreprises qui vont faire évoluer les techniques de mise en oeuvre ", corrobore Paul Étienne Davier, gérant d'AI Environnement, cabinet de conseil et d'ingénierie environnementale spécialisé dans la conception de projets de ­bâtiments sobres en énergie.

Pour acquérir des connaissances et des compétences ­complémentaires à son métier de base, Thierry Touzard, gérant de l'entreprise d'électricité UCEA basée à Oyeu, en Isère, a fait le pari très tôt des formations. Ses deux salariés et lui ont suivi en 2008 trois jours de formation au module Fee Bat. " Cela nous a permis de connaître les spécificités des autres métiers, de maîtriser la mise en oeuvre des technologies et les interfaces avec les autres composantes du bâtiment. Mais aussi de présenter aux clients un discours global sur les économies d'énergie qu'ils peuvent réaliser. " Une démarche salutaire qui lui a permis de développer sa clientèle de ­particuliers de 20 %, l'entreprise étant positionnée auparavant uniquement sur les marchés publics.

Des connaissances techniques

Les exigences réglementaires ainsi que la demande du marché vont par ailleurs impliquer une nécessaire montée en compétences, aussi bien dans l'utilisation de nouveaux matériaux (biosourcés comme le lin, le chanvre, le bois) que de ­panneaux isolants sous-vide (PIV). Des connaissances sur les techniques de construction et d'isolation pour assurer l'étanchéité à l'air et à l'eau, ainsi que la performance acoustique devront être acquises. Ces technologies impliquent la maîtrise de leur usage permettant une utilisation optimale de leur performance énergétique (manipulation, installation, entretien...). " Pour dimensionner des chaudières, un plombier doit posséder des informations sur l'isolation et la menuiserie. L'effort devra aussi être porté sur l'enveloppe du bâtiment ", relève Sabine Basili (voir l'encadré ci-dessous).

Ce que la loi sur la transition énergétique va changer dans votre quotidien

Les maçons devront maîtriser l'utilisation des isolants par l'extérieur, veiller à la précision des métrés, prendre en compte des échanges thermiques et acoustiques du bâtiment.

Les menuisiers vont, de leur côté, vérifier des jeux de calfeutrement pour l'étanchéité, prendre également en compte les échanges thermiques et acoustiques. Les plâtriers et acteurs de l'isolation devront faire la chasse aux ponts thermiques, concevoir une isolation et une étanchéité en tenant compte des équipements existants ou encore maîtriser la gestion de l'étanchéité à l'air en respectant un flux de renouvellement d'air par ventilation. Quant aux électriciens, il s'agira d'acquérir des compétences permettant l'installation d'équipements intelligents (domotique, compteurs intelligents) ou le raccordement d'équipements mobilisant une source d'énergie renouvelable (solaire, géothermie...).

Source : contrat d'études prospectives (CEP) bâtiment

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