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Bâtiment : les sites de mise en relation, arnaque ou aubaine ?

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Ils vous promettent de décrocher des chantiers en quelques clics, mais s'avèrent souvent décevants. Pourtant, les sites de mise en contact avec des particuliers peuvent être de bons apporteurs d'affaires, à condition de faire le bon choix et d'être réactif.

Bâtiment : les sites de mise en relation, arnaque ou aubaine ?

Trouverunartisan.fr, 123devis.fr, Quotatis.fr, Artisan-facile.fr, Devispresto.fr... Apparus au tournant des années 2000, les sites de mise en relation entre particuliers et artisans se sont multipliés de manière exponentielle ces dernières années. On en compte aujourd'hui plusieurs dizaines, auxquels il faut rajouter les plateformes de grandes enseignes comme Point P ou Kiloutou, qui creusent maintenant le même filon en exploitant leur notoriété. Et partout, une double promesse. Le particulier est assuré de recevoir plusieurs devis pour des travaux à venir. Le professionnel, lui, est destinataire de contacts qui pourront remplir son carnet de commandes.

Sauf que pour le premier, tout est gratuit, quand le second doit systématiquement mettre la main au portefeuille. Et débourser parfois jusqu'à plusieurs centaines d'euros par mois, qu'il ait souscrit un abonnement, opté pour un package ou choisi de payer à la fiche-client. Ce qui n'est pas sans susciter des réactions épidermiques chez les professionnels, ces sites n'ayant pas tous bonne réputation. "Ils vous promettent monts et merveilles mais, dans les faits, c'est un nid à embrouilles", tempête Frédéric Alles, 49 ans, peintre d'intérieur basé à Toulon.

"Je me suis inscrit sur un de ces sites en 2012, quand je me suis mis à mon compte, en pensant que ça m'aiderait à me faire une clientèle. Au début, ils t'envoient le nombre de contacts demandés par semaine et puis ils en balancent de plus en plus et te prélèvent automatiquement 20 euros à chaque fois ! Et le pire, c'est que beaucoup de particuliers font ça juste pour avoir une idée du prix, au cas où... Mais toi, tu y passes du temps, tu te déplaces ! Au final, je suis resté quatre mois sur ce site, j'ai perdu 500€ et je n'ai décroché qu'un tout petit chantier."

"Payer pour travailler"

Une analyse que partagent beaucoup de petits artisans contactés. Nombre d'entre eux s'en plaignent d'ailleurs régulièrement, notamment auprès de la Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment). "De manière générale, la prolifération actuelle de ces sites est une conséquence de la crise que connaît le bâtiment depuis 15 ou 16 trimestres consécutifs", avance Olivier Pihan, secrétaire général de la Capeb Vaucluse. "Ils prospèrent sur la misère du secteur parce qu'il faut bien voir qu'il s'agit, quand même, de payer pour travailler ! Nous avons beaucoup de remontées négatives mais, pour être juste, il faut préciser que cela marche bien pour certaines entreprises."

La condition : qu'elles choisissent un site sérieux et qu'elles aient la capacité de traiter rapidement l'information qui leur est transmise. "C'est un peu comme les salles de gym, si vous vous inscrivez pour un an mais que vous n'y allez que la première semaine, vous allez évidemment perdre de l'argent...", poursuit-il.

Nathan Auslander, jeune patron d'Ekinoks, une entreprise de plomberie-chauffagerie de Roubaix, ne dit pas autre chose. "Je me suis inscrit sur plusieurs de ces sites en 2010, au démarrage, et je suis toujours sur le seul qui s'est avéré sérieux. C'est un bon outil pour remplir les trous du planning", explique-il. "Nous sommes une quinzaine dans la boîte et nous travaillons principalement pour des promoteurs et des donneurs d'ordre privés. Quand je sais qu'il va y avoir un creux, je booke avec des chaudières à installer chez les particuliers."

Une démarche qui suppose d'être un minimum commercial dans son approche du client, en n'attendant pas quatre jours avant d'appeler un prospect, par exemple. "Et c'est loin d'être le cas de tous les artisans. Je crois qu'il y en a beaucoup qui s'imaginent que c'est une solution magique, et c'est pour ça qu'ils sont déçus", estime-t-il.

Joël Rumello

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