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Chantiers complexes : quand l'union fait la force Chantiers complexes : quand l'union fait la force

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Avec les chantiers multilots et les exigences réglementaires, les occasions de travailler avec d'autres corps d'états se multiplient. Pour rester dans la course, vous devez faire front commun. Voici comment s'y prendre.

Chantiers complexes : quand l'union fait la force Chantiers complexes : quand l'union fait la force

"Dans le bâtiment et surtout en milieu rural, les artisans ne travaillent pas en groupe, ils ont pour habitude de solliciter des collègues parmi leurs connaissances, sans pour autant le formaliser", affirme Dominique Picoron, président de la Fédération française des artisans coopérateurs du bâtiment (FFACB). Or, avec la certification RGE (Reconnu garant de l'environnement), les entrepreneurs n'ont plus le choix, ils doivent apporter ensemble une réponse à leur client.

Pour rappel, le label RGE est requis pour permettre aux particuliers de bénéficier d'aides financières (éco-prêt à taux zéro et crédit d'impôt développement durable). Sur le chantier, un artisan RGE doit donc faire appel à des sous-traitants eux-mêmes certifiés RGE. Plus question donc de travailler seul dans son coin. Dans l'artisanat, l'ère de l'individualisme appartient au passé. Mais comment ne pas rester isolé?

Se regrouper pour un chantier

Rapprocher plusieurs entreprises ne se décrète pas comme cela. Or, les enjeux sont de taille. Une malfaçon causée par l'un pouvant remettre en question le travail de l'autre, par exemple en matière d'étanchéité à l'air et à l'eau. Pour s'organiser, mieux vaut suivre au préalable une formation sur les différentes structures juridiques existantes afin de savoir où vous mettez les pieds. Les organisations professionnelles et les chambres consulaires proposent des sessions adaptées à cette découverte. Côté organisation, "le système du groupement momentané d'entreprise (GME) est adapté pour les chantiers isolés et sur une période courte et temporaire", déclare Sabine Basili, vice-présidente de la Capeb et présidente de la commission nationale des affaires économiques.

Il se forme au démarrage du projet et se dissout à la fin des travaux. Accord entre entreprises, le GME permet aux artisans de répondre à une demande à laquelle ils ne peuvent pas faire face seuls. La Capeb milite en faveur de cette forme organisationnelle, car pointe Sabine Basili, "le GME apporte une visibilité aux artisans et leur permet de proposer à leur client un interlocuteur unique". Attention, "la formation d'un GME solidaire n'est pas souhaitable pour les chantiers modestes", estime l'experte.

Il existe deux formes de GME: le GME conjoint avec un mandataire commun, solidaire ou non (chaque entreprise s'engage sur son propre lot) et le GME solidaire (chaque entreprise est engagée sur la totalité du marché). Une convention écrite définit les règles du jeu. Elle précise les engagements de chacun et la mission détaillée du mandataire commun (représentation du GME auprès du maître d'ouvrage, remise des devis, signature du marché, coordination des travaux, gestion administrative et financière du chantier). Selon le principe de solidarité, le maître d'ouvrage est assuré que le chantier sera exécuté au même prix en cas de défaillance d'un des membres du groupement. Il sera garanti soit par le mandataire commun s'il est solidaire dans le cadre d'un GME conjoint, soit par les cotraitants dans le cadre d'un GME solidaire. "Attention aux risques encourus par le mandataire", prévient néanmoins Dominique Picoron.

Rejoindre un groupement permanent

Certaines activités nécessitent une organisation plus pérenne. C'est notamment le cas de la construction de maison individuelle. Le groupement permanent semble être ici l'outil roi. Il peut prendre la forme d'une société commerciale traditionnelle (SA, SARL...), d'une société coopérative, d'une association ou encore d'un groupement d'intérêt collectif (GIE). La coopérative est préconisée pour sa souplesse et son mode de gouvernance (1 homme égale 1 voix).

"Pour pouvoir signer des contrats de construction et contracter la garantie financière qui apporte au client l'assurance que la maison lui sera livrée dans les délais et au prix prévu, nous avions besoin d'une structure organisationnelle collective", témoigne Gregory Myotte-Duquet, cogérant de l'entreprise familiale Myotte-Duquet et gérant de la Coopérative Construction Bois (CCB) à Fournet-Luisans. Cette structure, fondée en 2007, compte neuf membres et fonctionne selon le principe coopératif. L'entreprise Myotte-Duquet, connue pour ses maisons en bois, apporte les marchés à la CCB qui les commercialise, les chiffre et les livre. "Les deux coordinateurs de travaux sont salariés de notre entreprise, nous facturons leurs prestations à la coopérative", précise Gregory Myotte-Duquet.

Chaque chantier fait l'objet d'une procédure bien rodée: une réunion ­préalable sur site avec l'ensemble des intervenants, puis les rencontres régulières entre le coordinateur et les différents corps de métiers rythment la collaboration. "L'idée est de rectifier le tir en cas de souci sans attendre la fin du chantier" , glisse l'artisan. Les entrevues sont donc fréquentes car le groupement est avant tout une affaire d'hommes et de femmes. D'ailleurs, "les leaders apparaissent naturellement, tout comme les suiveurs", souligne Dominique Picoron. Souple, l'organisation permet aussi d'accueillir un artisan non adhérent à la demande d'un client par exemple.

À défaut d'organisation formalisée, les artisans appelés à travailler ensemble peuvent appliquer quelques règles de bon sens: se réunir régulièrement, rester en contact, planifier les interventions des uns et des autres et, surtout, veiller à respecter les délais.

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