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Jacques Chanut, président de la FFB : "Le statut de micro-entrepreneur n'est pas adapté au bâtiment"

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Logement, RSI, micro-entrepreneurs, clause Molière, ... Jacques Chanut, réélu pour un second mandat à la tête de la Fédération française du bâtiment en mars dernier, s'est confié sur la situation et les enjeux du secteur alors que l'élection présidentielle se profile dans quelques jours.

Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment (FFB), à Paris le 29 mars 2017.

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Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment (FFB), à Paris le 29 mars 2017.

Artisans Mag' : À quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, la question du logement est l'une des grandes absentes de la campagne. Est-ce préoccupant pour votre secteur ?

Jacques Chanut : Il y a une double interprétation à avoir. C'est préoccupant et très inquiétant si les candidats s'en désintéressent et considèrent que ce n'est pas un sujet pour eux. En revanche, ce serait plutôt rassurant s'ils estiment que ce qui existe aujourd'hui, notamment pour répondre au manque de logement en France, est bien calibré.

Nous remarquons qu'il n'y a plus de grande proclamation de chiffre de logements à construire par an. C'est à la fois déroutant mais aussi rassurant sur le fait que les mentalités ont évolué. Ce qui est important est d'avoir des réponses adaptées aux besoins de chaque territoire et non un chiffre global. La problématique de la région parisienne n'a, par exemple, rien à voir avec ce qui peut se passer en Ariège.

Les artisans réclament du travail et de la simplicité !

Parmi les candidats à l'élection, un candidat se montre-t-il plus proche des préoccupations des artisans ?

Il y a des choses qui nous plaisent et déplaisent chez tous les candidats. La problématique n'est pas tant l'homme ou la femme, mais davantage quel programme aura un impact sur nos marchés. Je serais incapable de dire quel candidat la FFB pourrait recommander.

D'ailleurs, ce n'est pas le rôle d'une organisation professionnelle. Elle est là pour expliquer les programmes à ses adhérents et disséquer de manière factuelle ce qui est proposé. Chaque adhérent déterminera son choix.

Quelles sont les attentes des artisans dans cette campagne ?

Les artisans réclament du travail et de la simplicité ! Il est nécessaire de fournir du travail dans les territoires en difficulté, qui dépendent pour beaucoup de la commande publique.

La simplification est également indispensable. Les professionnels du bâtiment ne veulent plus être submergés par les problèmes administratifs, de normes et de règles.

Malgré le choc de simplification mis en place sous le dernier quinquennat ?

Ce n'est pas suffisant. C'est un bon début mais on attend plus. C'est beaucoup plus aisé de complexifier des situations que de les simplifier. C'est un travail au long cours qui demande du temps et qui doit être perpétué par l'État, quelles que soient les majorités politiques.

Dans une interview au Figaro, vous affirmez " croire au salariat " et dénoncez le manque de courage des candidats, notamment François Fillon ou Emmanuel Macron, qui prônent le travail indépendant. Pourquoi ?

Il y a besoin que les règles soient les mêmes pour tous. Le fait qu'on puisse créer une entreprise avec une kyrielle de micro-entrepreneurs autour est à mon avis une fausse réponse à la problématique technique et d'organisation des chantiers. Il faut une véritable interdépendance entre les uns et les autres pour qu'un chantier avance.

C'est-à-dire ?

La valeur de nos entreprises artisanales s'appuie sur la capacité de production et le savoir-faire interne, non le matériel. Si demain tout est externalisé, la valeur patrimoniale de nos entreprises ne vaut plus rien. Nos métiers ont également besoin de qualifications et de formations, qui ne peuvent s'acquérir que par le salariat.

Plus globalement, j'y vois une manoeuvre pour ne pas s'attaquer au fond du problème qui est le statut du salariat et de droit du travail, beaucoup trop complexe. Il ne faudrait pas que ce soit un moyen détourné pour ne pas s'y atteler. Nous croyons au salariat plus que jamais, à condition d'en simplifier les règles et de donner plus de liberté au statut.

Vous pointez les problèmes du statut de micro-entrepreneurs. Que demandent les artisans ?

Ils demandent aussi à avoir une concurrence loyale. Ce n'est pas tant le détachement qui pose problème mais le statut de micro-entrepreneur. C'est toujours le même problème. Il n'est pas adapté au bâtiment car il crée une concurrence déloyale.

On peut très bien imaginer un système d'aide au démarrage, mais on ne peut pas faire carrière en tant que micro-entrepreneur. Ce n'est pas acceptable. Si c'est un statut provisoire pour démarrer une activité, pourquoi pas. On ne peut pas s'installer comme micro-entrepreneur pendant des années et ne rien faire en chiffre d'affaires, ça revient à cacher du travail au noir. Arrêtons l'hypocrisie !

Le Régime social des indépendants est attaqué de toutes parts par les candidats à l'élection présidentielle. Êtes-vous également favorable à sa suppression ?

Je ne sais pas s'il faut le supprimer ou changer de nom, mais le RSI, tel qu'il existe aujourd'hui, est malheureusement grillé auprès de la plupart des indépendants de par la gabegie qu'il y a eu ces dernières années. Il faut noter néanmoins que ça va un peu moins mal. Il y a eu un discrédit complet, de la faute du RSI.

Comment assurer leur protection sociale ?

Je pense qu'il faut faire attention à maintenir un régime particulier, adapté aux indépendants, sinon on ne leur rendra pas service. Il y a un besoin de gestion et de pilotage différents de ce qui existe aujourd'hui avec un temps de réaction plus rapide et le principe d'auto déclaration.

Que les indépendants veuillent un régime social dédié, c'est tout à fait légitime puisque, par essence, ils n'ont pas les mêmes attentes que les salariés. Il faut qu'ils puissent choisir leur niveau de protection sociale. Il est nécessaire également que ce soit en corrélation avec ce qu'il gagne à l'instant T. Quand on décale de douze ou dix-huit mois le paiement d'une cotisation c'est dramatique parce que c'est tellement variable.

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