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L'artisanat du bâtiment, un secteur qui tire les jeunes vers le haut

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L'artisanat du bâtiment, un secteur qui tire les jeunes vers le haut

Alliant qualifications spécifiques et compétences pointues, les métiers de l'artisanat du bâtiment s'illustrent comme des professions exigeantes et attachées à leurs savoir-faire. Des vertus qui font de ce secteur une école de formation attractive au rôle social indispensable.

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Au moment où le climat conjoncturel s'améliore pour les entreprises du bâtiment et que l'optimisme réapparaît du côté des dirigeants, fragilisés par de longues années de crise, de nouvelles inquiétudes émergent. Plus d'un tiers (36 %) des artisans du bâtiment éprouve des difficultés de recrutement, d'après l'Insee.

Une situation paradoxale alors que le taux de chômage persiste au-dessus des 9 % de la population active et que le bâtiment jouit d'une bonne image. Près de sept Français sur dix pensent en effet que ces métiers permettent de s'épanouir professionnellement, selon une étude Ipsos pour la FFB (septembre 2017), une popularité confortée par les atouts du secteur en termes d'intégration. Et trois quarts d'entre eux estiment que le secteur favorise l'intégration des publics en difficultés grâce à la formation.

Savoir-être et savoir-faire

Un pouvoir inclusif illustré par l'apprentissage. Bien qu'en baisse depuis 2012, la part de nouveaux apprentis ayant signé un contrat d'apprentissage dans la construction s'établit à 15,7 % en 2016, faisant du bâtiment l'un des principaux pourvoyeurs d'apprentis. Aux 24 Heures du Bâtiment, le 6 octobre 2017, Emmanuel Macron a notamment plaidé pour encourager la formation des jeunes. Un canal de formation pertinent pour "les protéger, les aider à rebondir et gagner [en] autonomie. L'apprentissage, ça marche!", a-t-il déclaré.

Pour Jean-Christophe Repon, président du CCCA-BTP, qui fédère les 118 CFA du réseau d'apprentissage du BTP, l'apprentissage a pour mission "d'offrir un parcours de formation à un métier, mais également la nécessité de construire un citoyen". Un rôle social que des professionnels défendent avec élan.

C'est le cas de Didier Duchêne, dirigeant de la PME de menuiserie métallique CDM² (Aube). "Les entreprises artisanales ont une mission d'ordre social au-delà de leur simple rôle économique, estime celui qui a formé 92 apprentis en 27 ans. Comme maître d'apprentissage, on n'apporte pas seulement un savoir-faire technique et précis, on éduque, on forme, on apprend un savoir-être." Une démarche que le dirigeant renforce à travers des investissements dans des cours particuliers en français, mathématiques ou en physique, par exemple. "On s'attache à donner des compléments de formation lorsqu'il y a des lacunes", ajoute-t-il.

Florence Cognie

Florence Cognie

Cette conception de l'artisanat, Florence Cognie, chercheuse associée au laboratoire des dynamiques sociales de l'université de Rouen et chef de projet à la Neoma Business School, l'analyse par le prisme de l'inculcation : "Les jeunes apprennent des compétences plus larges, des savoir-être, des savoir-dire... Ce mode de formation va de pair avec l'incorporation des valeurs du métier et des valeurs que les artisans associent à la gestion d'une entreprise. Pour les artisans, l'apprentissage fonctionne comme une forme de socialisation anticipatrice."

Chemin vers l'entrepreneuriat

Une fonction qui met en valeur le rôle d'ascenseur social du secteur. "L'objectif est de former un jeune à ses débuts, mais également tout au long de son parcours professionnel pour qu'il s'adapte aux évolutions de son métier et qu'il entreprenne", assure Jean-­Christophe Repon. Il est certain que les enjeux environnementaux et la révolution numérique, entre autres, bouleversent les pratiques.

"Les parcours deviennent différenciants et demandent toujours plus de technicité", précise-t-il. "Auparavant, on apprenait un métier tandis qu'aujourd'hui, on les forme à plusieurs. Il y a un besoin grandissant de flexibilité et de mobilité des apprentis", réagit Didier Duchêne, qui prône autant ce rôle d'intégration sociale que d'insertion dans le monde du travail.

"Ce mode de formation va de pair avec l'incorporation des valeurs du métier."
Florence Cognie, chercheuse associée à l'université de Rouen

Une manière surtout de faire monter en compétence les salariés. "En trois ans, j'en ai amené plusieurs au titre de Meilleur Ouvrier de France. Cela leur a permis d'avoir une autre vision d'eux-mêmes. C'est la valeur travail qui favorise l'ascenseur social", argue-t-il, ajoutant que ces métiers valorisent aussi la personne comme un individu, "et non seulement comme un salarié".

Néanmoins, Florence Cognie constate que la plupart des jeunes, qui rentrent très tôt dans l'artisanat, associent davantage le travail à "une dimension instrumentale qui est de gagner de l'argent, avoir un métier, tandis que les artisans qui les recrutent valorisent la dimension expressive voire sociale du travail".

Une ambiguïté qui n'entame pas la volonté des dirigeants de mener ces jeunes vers l'entrepreneuriat. "Le partage d'expérience de génération favorise cette tentation à la création d'entreprise, note le président du CCCA-BTP. Les maîtres d'apprentissage sont souvent vus comme des modèles, notamment pour les publics qui viennent de milieux populaires ou en rupture scolaire." Un tremplin social et professionnel alors que plus d'un chef d'entreprise artisanale sur deux est issu de l'apprentissage.

Toujours est-il que l'apprentissage n'est pas la seule porte d'entrée. Outre la formation continue, des initiatives d'insertion et d'accompagnement à l'entrepreneuriat fleurissent également sur le mode collaboratif. À l'instar de la démarche de La Fabrique (Rhône), qui gère un programme d'insertion pour des personnes éloignées de l'emploi, Catherine Fortier, ébéniste, a ouvert Mon Atelier Partagé, une menuiserie participative à Corbas (Rhône). "On offre la possibilité aux porteurs de projet de tester leur modèle économique avec un accompagnement tant sur le savoir-faire que sur les questions de gestion d'une entreprise", avance-t-elle. Une démarche volontariste de soutien à l'entrepreneuriat qui "sous-tend un rôle d'intégration sociale et spatiale", d'après elle.

Autant d'atouts à valoriser pour séduire et reconquérir un nouveau public, alors que le gouvernement­ a engagé une profonde réforme de la formation professionnelle et de l'apprentissage.


"Les métiers de l'artisanat apportent une ouverture d'esprit indispensable"

ierre Lerouxel, gérant de l'entreprise Lerouxel Couverture (c) Fondation du Patrimoine

ierre Lerouxel, gérant de l'entreprise Lerouxel Couverture (c) Fondation du Patrimoine

Gérant de l'entreprise familiale qu'il a reprise en 2014, Pierre Lerouxel perpétue la démarche paternelle. Compagnon du Devoir comme son père avant lui, le jeune dirigeant défend une démarche inclusive de l'artisanat et de l'apprentissage. "L'artisanat, c'est bien plus qu'un métier. C'est le goût du travail, de l'exigence, du partage, présente le dirigeant. On tâche d'apprendre à nos apprentis à travailler ensemble, cela leur permet de se construire socialement."

Une détermination que Pierre Lerouxel axe sur une promotion sans borne de la mobilité. "Le voyage est primordial puisqu'il permet de s'enrichir de nouvelles expériences, de rencontres. Les jeunes tissent un réseau, s'ouvrent vers de nouveaux horizons et découvrent de nouvelles manières de travailler. C'est une opportunité de faire ses armes ailleurs et de faire des découvertes professionnelles et humaines."

Un moyen aussi de les sortir de leur quotidien. "Malheureusement, beaucoup d'apprentis sont en échec scolaire. L'artisanat leur permet de retrouver une motivation, un sens du travail." Si le dirigeant conçoit que ces métiers sont difficiles et qu'ils doivent devenir une vocation pour ces jeunes, il plaide pour cette ouverture d'esprit indispensable qu'apportent les métiers. Et de conclure : "Un apprenti qui abandonne, c'est aussi un échec pour nous."

Repères

Raison sociale EURL : Lerouxel Couverture
Activité : couverture, charpenterie, zinguerie, ferblanterie
Ville : Barjac (Lozère)
Année de reprise : 2014
Gérant : Pierre Lerouxel, 30 ans
Effectif : 9 salariés
CA 2017 : 700 k€

Pierre Lelièvre

Pierre Lelièvre

Journaliste

Depuis juin 2016, je suis journaliste pour Chef d’Entreprise, Commerce magazine, Artisans mag’. Intéressé par le monde de l’entreprise, j’écris sur tous [...]...

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