Bâtiment : est-ce vraiment la reprise pour tous ?

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Bâtiment : est-ce vraiment la reprise pour tous ?

Depuis la fin de l'année 2015, le secteur du bâtiment retrouve des couleurs grâce, notamment, à une reprise dans le neuf. Malgré tout, ce redémarrage de l'activité n'est pas uniforme chez les artisans. États des lieux.

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C'est un fait : la reprise de l'activité dans le bâtiment se confirme légèrement depuis le début de l'année. Selon la Fédération française du bâtiment (FFB) et la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), la hausse des ventes de logements dans le secteur privé associée à la progression des mises en chantier dans le neuf sur le premier semestre de l'année 2016, renforce le dynamisme du secteur.

Toutefois, après la crise du bâtiment entre 2011 et 2015, le climat des affaires demeure fragile, notamment pour les artisans du bâtiment. Si la tendance générale pour cette année est à l'amélioration, ce sont, pour l'instant, les grands groupes et les PME du secteur qui profitent de ce début de reprise. Les petites entreprises, elles, attendent et résistent avec difficulté, ne dégageant pas suffisamment de marge. Leur activité redémarre avec plus de retard, un sursaut n'étant pas prévu avant la fin de cette année.

Des inégalités sectorielles...

Didier Brosse

Certains corps de métier commencent à tirer, cependant, leur épingle du jeu, à l'image des professionnels de la maçonnerie et du gros oeuvre. Selon les organisations professionnelles, ce sont eux qui bénéficient davantage de ce début de reprise avec des carnets de commandes plus garnis.

Première activité du bâtiment, le gros oeuvre " s'en sort plutôt bien pour l'instant. On a commencé le premier trimestre de l'année comme on avait fini le dernier de l'an passé. Depuis le second trimestre, les appels d'offres et les devis se multiplient. Et ça bouge beaucoup plus pour le semestre qui vient ", confirme Didier Brosse, président de l'Union de la maçonnerie et du gros oeuvre (UMGO).

Par ailleurs, du côté du second oeuvre technique, un frémissement de l'activité se fait ressentir, si l'on en croit la direction des études économiques de la FFB. " Ça va repartir, abonde Didier Brosse. Il y a un décalage entre la reprise actuelle du gros oeuvre avec les ouvertures de chantiers et celle du second oeuvre. Il faut attendre quelques mois pour que cette inertie ne soit plus visible ".

Une relance de la croissance qui ne concerne pas encore le milieu de la rénovation, dont l'activité est apathique depuis le début de l'année. " La rénovation est encore en souffrance ", précise Didier Brosse. L'atonie concerne également les métiers de la finition, qui subissent davantage. " Les métiers de la finition sont dans une phase encore compliquée, à l'image de celle traversée par le gros oeuvre l'an dernier ", estiment, de leurs côtés, les experts économiques de la FFB.

... et des inégalités régionales

Les disparités régionales apparaissent également prégnantes. La FFB précise que ces inégalités parmi les territoires s'expliquent notamment en raison de dynamismes démographiques variables d'une région à l'autre. Christophe Marais, dirigeant d'Artisans-Reno, un groupement d'artisans en région toulousaine, constate que l'activité locale dans le neuf stagne, malgré la tendance en hausse au niveau national.

" Dans le neuf, on a construit en trop grande quantité il y a quelques années, la demande aujourd'hui est donc très faible ", explique-t-il. Et d'ajouter que, dans sa zone d'activité, " le neuf est vendu à très bas prix aux artisans, ce qui ne nous incite pas à nous engager dans ces projets. Nous préférons nous tourner vers de la rénovation ".

Malgré l'atonie sur le plan national et en dépit " d'indicateurs fiables pour la mesurer " selon la FFB, l'activité en rénovation est également modulée en fonction des régions. Dans les environs de Toulouse, la situation s'améliore : " Notre activité de rénovation va mieux, elle redémarre comme avant la crise ", explique Christophe Marais.

Pour illustrer ses propos, le gérant de la société de rénovation précise qu'il a " actuellement du travail prévu sur trois mois, avec quelques commandes planifiées pour le début de l'année prochaine ". Seulement, sur un plan général, le contexte reste morose. " Ça repart très difficilement dans les zones en difficulté économique, éloignées du dynamisme des grandes métropoles ", analyse Didier Brosse.

Pierre Lelièvre

Pierre Lelièvre

Journaliste

Depuis juin 2016, je suis journaliste pour Chef d’Entreprise, Commerce magazine, Artisans mag’. Intéressé par le monde de l’entreprise, j’écris sur tous [...]...

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