Coup de gueule : des artisans bretons dénoncent la concurrence des "plombiers polonais"

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Lettre ouverte de la FFB Bretagne.
Lettre ouverte de la FFB Bretagne.

La FFB Bretagne, qui regroupe 2 500 artisans, s'est offert une page de publicité dans deux quotidiens régionaux pour dénoncer les prix pratiqués par les entreprises d'Europe centrale. Une opération coup de poing qui a pour objectif de braquer les projecteurs sur une réglementation européenne bancale

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"Nos talents locaux sont en danger". C'est dans une pleine page de publicité diffusée le 24 octobre dans deux quotidiens régionaux (Ouest France et le Télégramme de Brest) que les artisans bretons poussent un coup de gueule. « Nous n'avons pas pour habitude de diffuser ces informations par voie de presse, mais nous souhaitons exprimer un message coup de poing. Nous nous inquiétons de l'arrivée d'une main-d'œuvre "low cost" d'Europe centrale et occidentale », regrette Yves Gegaden, secrétaire général de la FFB Bretagne, qui rassemble 2 500 entreprises du bâtiment.

Une réglementation "bancale" qui favorise la concurrence

Pour la FFB Bretagne, il n'est cependant pas question de stigmatiser cette population étrangère. « Ces Roumains, Polonais, Tchèques sont souvent compétents, mais ils travaillent dans des conditions désastreuses et souvent le week-end pour écourter la durée des chantiers. Ils passent par des agences intérim et sont rémunérés entre 13 et 17 euros de l'heure, un tarif deux fois inférieur à un salarié lambda », s'insurge Yves Gegaden. Ces artisans étrangers s'appuient en fait sur une législation on ne peut plus bancale, et sur la procédure de détachement qui autorise le ressortissant à rester trois mois en France. Au-delà de cette période, la législation du pays d'accueil prévaut. « Ils restent donc trois mois, retournent dans leur pays, et reviennent quelques semaines après », déplore Yves Gegaden.

La FFB Bretagne pointe donc du doigt cette concurrence et s'inquiète pour l'avenir des salariés bretons. « Que faisons-nous des 10 000 apprentis qui sont formés chaque année dans nos écoles et CFA régionaux ? Nous pouvons comme d'autres entreprises et organismes publics travailler avec une main-d'œuvre étrangère "low cost" et ainsi espérer remporter plus facilement les marchés publics, mais nous avons une responsabilité sociétale », se convainc le secrétaire général. Yves Gegaden fait ainsi référence à un chantier de 12 logements commandé par la ville de Guingamp, remporté par une entreprise locale qui a fait appel à des ressortissants étrangers. Et d’ajouter : « Il est temps que les maîtres d’ouvrage publics se comportent de façon citoyenne. » La FFB Bretagne va donc partir à la rencontre des élus et sénateurs pour tenter de combler un vide juridique et rassurer une filière bien fragile.

Mallory Lalanne

Mallory Lalanne

Chef de service

Après avoir enregistré différentes expériences en presse généraliste, télévision et radio, j’ai décidé de rejoindre en 2010 l’univers de la presse professionnelle. [...]...

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