"J'ai l'intime conviction que nous allons obtenir un nouveau report du compte pénibilité"

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'J'ai l'intime conviction que nous allons obtenir un nouveau report du compte pénibilité'
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L'année 2015 dans le bâtiment s'est clôturée dans un moindre repli. Un léger mieux porté par la rénovation énergétique, qui reste insuffisant selon Patrick Liébus. Pour retrouver le chemin de la croissance, le président de la Capeb mise sur la Silver économie et souhaite faire de l'Europe son allié.

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Artisans Mag' : Malgré une baisse de 2 % de l'activité en 2015, vous semblez plutôt optimiste pour l'année 2016 ?

Patrick Liébus : Tout à fait. De nouveaux débouchés vont s'ouvrir au bâtiment cette année. Au-delà de la rénovation énergétique, je souhaite développer le marché de la Silver économie et massifier l'adaptation des logements à la perte d'autonomie. Nous avons entamé des discussions avec l'Anah [l'Agence nationale de l'habitat] afin de créer un numéro d'appel. Le but : apporter aux consommateurs des informations sur les travaux à réaliser et aux entreprises des informations sur les aides dont peuvent bénéficier leurs clients.

Je souhaite par ailleurs appliquer les méthodes utilisées pour la rénovation énergétique, à savoir un crédit d'impôt et une TVA à 5,5 %. Il faut lier le sujet de la rénovation énergétique à celui du maintien à domicile des personnes âgées. Le but étant d'offrir aux habitants, souvent en situation de précarité énergétique, une meilleure qualité de vie (système de chauffage et de ventilation plus performants). Ces propositions ont été adressées à Laurence Rossignol, secrétaire d'État chargée de la Famille, des Personnes âgées et de l'Autonomie mi-janvier et ont été ­réitérées fin janvier lors de ma rencontre avec François Hollande. L'accueil de cette mesure a été positif. Le président de la République a demandé à ses conseillers de travailler sur le sujet.

Quel bilan faites-vous des actions du gouvernement ?

"Les annonces sont positives. Mais elles doivent être suivies de faits"

J'ai déjà rencontré trois fois le président de la République - chose rare -, et il me semble réceptif à nos demandes. Dans leur ensemble, je trouve que les annonces sont positives. Mais elles doivent être suivies de faits. La volonté de François Hollande de débloquer trois milliards d'euros pour soutenir la rénovation énergétique de bâtiments publics est une bonne chose, mais il faut que les conseils départementaux, régionaux, les communes et les communautés de communes se mobilisent. Nous avons également obtenu le maintien du Cite [Crédit d'impôt pour la transition énergétique], ce qui est important.

Vous êtes en revanche plus mitigé sur le développement de l'apprentissage ?

Nous formons 73 % des apprentis. Pour augmenter ce chiffre et atteindre l'objectif de 500 000 jeunes, il faut relancer l'activité. Je ne vois pas par ailleurs comment il est possible de former autant de jeunes en diminuant l'exigence de qualifications dans le secteur. Cette mesure défendue - initialement dans le projet de loi Noé - par Emmanuel Macron est défavorable au secteur. Je défends le maintien de qualifications professionnelles, qui n'est en rien un frein à la création d'entreprises. Nous ne pouvons pas tout faire avec des qualifications réduites. C'est du grand n'importe quoi. J'ai tenté de convaincre le président de la République que notre filière doit conserver un socle de formation afin de garantir la sécurité et la santé des consommateurs. Aujourd'hui, je ne sais pas si cette mesure va être abandonnée ou redirigée vers le projet de loi El Khomri.

Vous sentez-vous écouté au sujet du compte pénibilité ?

Nous avons déjà obtenu un report de six mois, et j'ai l'intime conviction que nous allons en obtenir un nouveau. L'échéance du 1er juillet 2016 est trop proche pour permettre aux branches professionnelles de pouvoir définir des référentiels. Nous demandons donc, a minima, un report d'un an des six derniers critères (postures pénibles, manutention manuelle de charges, agents chimiques, vibrations mécaniques, températures extrêmes et bruit), voire la suppression du dispositif. Le gouvernement semble avoir compris que si précipitation il y a, l'échec sera tel qu'il mettra tout en l'air.

Autre sujet de crispation : la question des travailleurs détachés. Comment comptez-vous vous faire entendre ?

Le fait de dégager des moyens supplémentaires pour assurer des contrôles efficaces et nombreux sur le terrain semble porter ses fruits. De grosses sanctions sont déjà tombées. La ministre du Travail Myriam El Khomri a décidé d'organiser tous les mois des visioconférences avec les Direccte pour faire des points sur la situation. Je compte aussi faire pression sur l'Europe, et m'appuyer sur mon nouveau poste de président de l'European Builders Confederation [organisation européenne qui représente les intérêts des artisans et des PME de la construction, NDLR] pour débloquer la situation et porter les revendications de la filière. Certains pays d'Europe de l'Est ne souhaitent pas modifier la réglementation européenne, mais nous allons faire en sorte de la renforcer afin d'en terminer avec cette concurrence déloyale.

Constatez-vous des améliorations du côté du RSI ?

Il y a encore des efforts à faire afin de faciliter les relations entre le RSI et les cotisants et garantir un service de qualité. Les charges sont un faux problème. Si je souhaite aujourd'hui intégrer le régime général, il me faudra payer entre 5 et 6 % de cotisations supplémentaires.

Les artisans du bâtiment sont pourtant encore nombreux à exprimer un ras-le-bol général. Quel message souhaitez-vous leur délivrer ?

"Il faut se bagarrer pour retrouver le chemin de la croissance"

Il ne faut surtout pas baisser les bras. Au contraire, il faut se bagarrer pour retrouver le chemin de la croissance. De nouveaux domaines porteurs sont en train de s'ouvrir. Les artisans du bâtiment, qui font par exemple du ravalement de façade, peuvent se tourner vers l'isolation thermique par l'extérieur. Dans mon entreprise de couverture basée dans l'Ain, nous avons décidé de proposer aux clients de l'isolation soufflée, et de louer du matériel de soufflage performant pour limiter les investissements.

Les artisans doivent aussi devenir de meilleurs vendeurs. Les clients souhaitent revenir à des matériaux plus performants et durables, quitte à accepter un prix différent. Il faut par ailleurs s'ouvrir aux autres corps de métiers et accepter de travailler en groupement pour répondre à des marchés plus conséquents. Il n'y a pas de fatalité.

Mallory Lalanne

Mallory Lalanne

Chef de service

Après avoir enregistré différentes expériences en presse généraliste, télévision et radio, j’ai décidé de rejoindre en 2010 l’univers de la presse professionnelle. [...]...

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