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"Notre pays n'est pas encore converti à la vraie entreprise"

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'Notre pays n'est pas encore converti à la vraie entreprise'

Bilan de l'année 2014, loi Macron, compte pénibilité, perspectives pour 2015... Alain Griset, président de l'APCMA, dresse le tableau de ce qui attend les artisans pour cette année et reste positif, malgré un contexte économique difficile.

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Chefdentreprise.com : Nous clôturons 2014 sur de mauvais résultats économiques. Quelle analyse en tirez-vous ?

Alain Griset : D'une façon générale, l'année 2014 a été mauvaise pour tous les artisans. Il s'agit de la deuxième année consécutive où nous constatons une baisse du nombre d'entreprises artisanales. En sus des départs à la retraite et de la faiblesse des créations, il faut bien noter qu'il y a eu de nombreuses défaillances. C'est une donnée très inquiétante qui dénote une conjoncture économique défavorable pour nos métiers.

Par ailleurs, de nombreux artisans sont dans une situation très difficile. Cela se traduit par des difficultés de trésorerie pour payer les fournisseurs mais aussi, parfois, par une incapacité à payer ses cotisations sociales et ses impôts. Les CMA constatent que les artisans sont de plus en plus nombreux à venir solliciter leurs services pour recevoir accompagnement et assistance dans la gestion de leur entreprise.

Quid de l'apprentissage ?

Malgré les efforts effectués par les artisans, le nombre d'apprentis a chuté en 2014, de l'ordre de 3 % en général et 10 % dans le secteur du bâtiment. Si on se réfère à la volonté affichée par le gouvernement de développer l'apprentissage, nous devrions être, à l'inverse, sur une tendance à la hausse ! La raison de ce recul est claire : l'activité des entreprises est trop faible pour embaucher des jeunes.

A cette conjoncture, ce sont ajoutés des messages contradictoires au sujet des aides. Pour les chefs d'entreprise artisanale, ce n'est pas un problème d'envie, mais de moyens. C'est d'autant plus grave que nous ne parlons pas de sommes astronomiques pour l'embauche d'un apprenti.

Concrètement, l'aide de 2000 euros pour l'embauche d'un premier apprenti est-elle suffisante ?

Ce montant reste faible et ne compense pas les charges supplémentaires subies en quelques années. Il y a également des problèmes à résoudre au sein même du contrat d'apprentissage, comme, par exemple, le travail dangereux pour les mineurs ou bien encore le travail de nuit. Ce sont à l'évidence des freins au recrutement des jeunes.

Et puis, comme je l'ai évoqué avec François Rebsamen, le ministre du Travail, la population des apprentis a changé. Auparavant, il s'agissait de jeunes de 14-15 ans. Désormais, ils ont plus souvent 20-21 ans. Or la rémunération que doit verser un chef d'entreprise dépend du niveau de l'apprenti, mais aussi de son âge. Il s'agit de 40 % du Smic à 14 ans et 70 % à 21 ans. J'ai demandé au président de la République de revoir l'ensemble des éléments constituant le contrat d'apprentissage.

Quels autres enseignements tirez-vous de 2014 ?

Il faut signaler les initiatives qui vont dans le bon sens comme le CICE, bien que nous aurions préféré une baisse directe de charges et que les augmentations subies au cours des années précédentes ne sont pas totalement compensées par ce dispositif. La loi Pinel répond également à un grand nombre de nos revendications. Les mesures de simplification sont d'autres signes encourageants.

Malheureusement, ils sont parfois contredits par des textes promulgués par ailleurs. L'environnement économique et le moral des Français restent l'obstacle essentiel : les particuliers comme de nombreuses collectivités retardent leurs projets pour des raisons de hausse des charges et d'incertitude. Ces éléments cumulés concourent à la baisse de notre activité.

Vous pointez du doigt un problème qui est plus psychologique qu'économique. Y-a-t'il réellement une solution ?

C'est le rôle des responsables politique de redonner confiance aux Français et de leur donner espoir et perspective d'avenir ! Leur discours doit s'appuyer sur des mesures efficaces pour remettre le pays dans la bonne direction. Or, il n'y a plus de projets collectifs en France. Nous vivons dans un beau pays en termes de liberté, de culture, de paysage et de moyens financiers !

Les évènements tragiques du début d'année nous ont rappelé la richesse de la France sur tous ces sujets. Pour autant, les Français ne sont pas heureux, ils ne se projettent pas dans l'avenir, ce qui est néfaste pour la reprise économique. Étant résolument optimiste, je suis persuadé qu'il est possible de retrouver la confiance, c'est la responsabilité des élus et du gouvernement.

Il faut, en 2015, que le gouvernement qui a un discours pro artisanat, prenne des décisions pour relancer l'activité notamment pour le bâtiment. Il est essentiel de passer du diagnostic aux actes, c'est urgent ! Carole Delga est une ministre qui porte les dossiers de l'artisanat, nous comptons sur elle.

L'artisanat se porterait encore plus mal sans les mesures de soutien qui ont été prises, mais il faut davantage de cohérence. Je l'ai évoqué précédemment, de mauvaises mesures sont venues annuler les bonnes. Je pense, par exemple, au compte pénibilité. Ces contradictions sont la preuve que notre pays n'est pas encore converti à la vraie entreprise.

Que voulez-vous dire ?

Quand nous mettons trop exclusivement en avant des grands patrons qui, en réalité n'investissent pas leurs biens personnels comme le font les petits patrons, nous ne valorisons pas tous ceux qui, pour entreprendre, prennent des risques et mettent leur propre argent dans leur société. Cet entreprenariat n'est pas reconnu ! Les règles et les lois sont faites pour les grands groupes et ne sont pas adaptées à nos petites structures.

Par exemple, les entrepreneurs individuels payent des charges sociales sur leurs investissements. Ce n'est pas normal ! Je l'ai déjà dit, il est temps que la France change de logiciel. Le droit français repose sur deux piliers, la réglementation et la sanction. Il faudrait en réalité le simplifier d'abord et ensuite substituer l'accompagnement à la sanction. Les petits patrons ne peuvent pas s'y retrouver.


Julien Van Der Feer

Julien Van Der Feer

Rédacteur en chef

Rédacteur en chef d’Artisans Mag’ et de Commerce Magazine, l’univers de l’artisanat et du commerce est mon quotidien depuis 3 ans. Je suis passionné par [...]...

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