En ce moment En ce moment

Le couvreur, c'est Madame !

Publié par le - mis à jour à
Le couvreur, c'est Madame !

C'est un débat qui devrait être refermé depuis longtemps... or il ne l'est pas : certains considèrent encore qu'il y a des métiers faits pour les femmes, et d'autres pour les hommes. Justine Lafarge, elle, ne s'est pas posé la question quand il s'est agi de reprendre la société de son père.

Je m'abonne
  • Imprimer

"Quand je suis entrée en terminale STI (Sciences et techniques industrielles), nous n'étions que deux filles. Bon, c'était déjà un progrès : en seconde, j'étais toute seule !"

Pour Justine Lafarge-Doumer, les choix de carrière n'ont jamais été un problème, même si cela supposait de se retrouver en toute petite minorité, comme au lycée des métiers du bâtiment, à Felletin (Creuse).

"Je conseille aux filles de se lancer, sans se dire que tel ou tel choix n'est pas fait pour elles. Ce n'est pas aux autres de décider, affirme Justine. Par exemple, c'est moi qui avais choisi à quatorze ans de devenir pensionnaire, pour faire les études qui m'intéressaient vraiment".

Et les métiers du bâtiment ne se sont pas présentés à son esprit par hasard : "j'ai passé mon enfance à trier les ardoises par taille avec mon père, ou à choisir avec lui les bois de charpente" dans la société qu'il fonda en 1985.

De toute façon, il valait mieux avoir du caractère : "après le lycée, c'était la prépa : maths sup, maths spé, et un rythme de travail épuisant, qui ne laisse que peu de 'survivants'", confirme Justine. Alors à côté de ça, le fait d'être une fille dans un milieu de garçons, c'était secondaire.

Mais après une école d'ingénieurs à Strasbourg, l'appel du terroir se fait sentir : Justine revient dans le centre de la France, d'abord à Égletons (Corrèze) pour passer son master, puis à Clermont-Ferrand, dans une grande entreprise... de bâtiment et travaux publics. Au service couverture, bien sûr.

Passation de pouvoirs familiale

Le grand saut, ce fut à l'automne dernier : en octobre 2018, Justine Lafarge devient l'une des rares femmes chef d'entreprise dans ce secteur presque exclusivement masculin. "Le déclic fut le moment, il y a deux ans, où mon père commença à parler de prendre sa retraite".

Or Justine n'a pas de frères et soeurs, et l'entreprise allait donc, forcément, sortir de la famille. Alors qu'un client à la reprise se présentait déjà, la jeune femme décide donc que la repreneuse ce sera elle, et pas un autre. "Mon père est toujours là, et la transition s'est passée en douceur".

Les réflexions sont rares, et plus surprises qu'hostiles : "alors que j'arrivais chez un client qui ne m'avait jamais vue, il est resté interloqué, bouche bée sur le pas de sa porte : mais, m'a-t-il dit, ce n'est quand même pas vous qui allez monter à l'échelle ? " euh... si Monsieur, pourquoi ?"

"C'était étonnant parce que dans une région aussi rurale que le massif central, les gens devraient être habitués : contrairement à ce qu'on croit souvent, les femmes chef d'exploitation agricole sont assez nombreuses ", explique-t-elle.

Et les remarques machistes sont davantage le fait de quadras que de personnes âgées, comme on aurait pu le penser. Avec ce client, l'affaire s'est faite quand même. "Mais le plus drôle, c'est qu'il a tenu à installer l'échelle lui-même, et qu'il l'a posée à l'envers..."

REPÈRES

Raison sociale : Lafarge couverture

Activité : Couverture, zinguerie, charpente

Siège social : Ussel (Corrèze)

Année de reprise : 2018

Dirigeant : Justine Lafarge-Doumer, 27 ans

Effectif : 3 personnes

CA : NC

Je m'abonne

Frédéric Villiers

Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
rédacteur en chef

La Lettre de la Rédac

Chaque semaine, l'essentiel de l'actu

La rédaction vous recommande

Sur le même sujet

Gestion - Finance

Par Frédéric Villiers

C'est un débat qui devrait être refermé depuis longtemps... or il ne l'est pas : certains considèrent encore qu'il y a des métiers faits pour [...]