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[Interview] Xavier Forge et Thomas Chabry (Lignatech): "On a créé notre boîte pour être écolo jusqu'au bout !"

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[Interview] Xavier Forge et Thomas Chabry (Lignatech): 'On a créé notre boîte pour être écolo jusqu'au bout !'

"Mob" est son nom de code : la maison à ossature bois est le mode de construction qui a le vent en poupe... mais encore faut-il s'y connaître ! Dans la Loire, Xavier Forge et Thomas Chabry en ont fait la spécialité de leur entreprise : Lignatech.

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Comment avez-vous eu l'idée de lancer Lignatech ?

Xavier Forge et Thomas Chabry : C'était en 2010. Et il faut tout de suite préciser que nous n'avons pas embrassé cette carrière sur un coup de tête, parce que l'ossature bois commençait à devenir un mode de construction plus "tendance" qu'auparavant en France, pays où elle était jusque-là beaucoup plus rare qu'en Amérique du Nord par exemple.

Tous les deux, nous étions issus d'un cursus centré sur le bois : le BTS "système constructif bois habitat", que nous avons suivi ensemble, à la Maison Familiale Rurale du Parc, à Montbrison, entre Roanne et St-Étienne. C'est là que nous nous sommes rencontrés. Nous avons ensuite commencé notre carrière comme salariés, toujours dans ce département de la Loire, et nous avons passé huit années dans deux entreprises du secteur. Dont une, Ossabois, qui est aujourd'hui l'un des leaders français de la maison à ossature bois, parce qu'ils ont commencé il y a quarante ans, à une époque où ils étaient totalement précurseurs !

Et c'est alors, après huit ans de travail en tant qu'employés, que vous avez décidé de voler de vos propres ailes...

Il faut dire que le père de Xavier (Forge, NDLR) possède la scierie Forge-Mahussier, à Saint-Haon-le-Vieux, près de Roanne, alors nous avions déjà une base de départ ! Voir son père s'occuper d'une entreprise a certainement levé les obstacles qui auraient pu faire hésiter quelqu'un d'autre... Outre notre propre expérience comme ouvriers dans nos boîtes respectives, nous avions l'avantage de savoir aussi comment une société fonctionne du point de vue du patron, et dans le monde du bois en particulier.

Un monde qui est de toute façon très présent dans la région, où de nombreuses forêts sont riches en douglas, un conifère particulièrement adapté à la construction de maisons, parce qu'il est solide, durable, et résiste bien aux insectes par exemple. Nous utilisons directement le bois issu des coupes de la zone forestière de la Côte Roannaise.

La tradition familiale et régionale n'est pas tout : vous aviez envie d'innover...

Oui, et ce fut même ça le déclic : tout se précipita quand nous avons décidé de créer un mur spécial. Nous voulions inventer notre propre technique, afin d'optimiser les qualités d'une "maison passive" en bois, c'est-à-dire une maison qui ne consomme presque pas d'énergie. Nous avons démarré en nous installant sur le site même de la scierie du père de Xavier, avec lequel nous collaborons étroitement.

Notre première construction a été labellisée en 2010. Et dès le début, nous avons inventé un mur porteur en planches croisées et clouées, que nous avons baptisé Lignapli : la planche de 25 mm nous est livrée séchée et traitée, puis nous l'assemblons. Une couche de planches verticalement, une couche horizontale "en sandwich", et une autre couche verticale. Ce système a un énorme avantage : celui de pouvoir se passer de colles qui gâcheraient le côté "sain" du bois.

Ce panneau Lignapli est donc véritablement en bois "massif ", cent pour cent ! Il assure aussi bien la descente de charge que le contreventement, donc la partie "solide" de la maison tout comme l'isolation par rapport à l'extérieur.

Même chose pour les structures horizontales, ce qui est plus rare...

Pour les sols, nous avons inventé "Lignadal", un plancher composé de planches rabotées, qui peut être réalisé en pin, sapin, épicéa, douglas... La base est en bois, avec un assemblage en queue d'aronde, et on coule le béton par-dessus. Même pour la chape, on reste donc en partie dans le bois, qui est notre coeur de métier. Et surtout, cela réduit de moitié la quantité de béton nécessaire !

Le poids global du bâtiment est donc diminué, et on peut se dispenser le plus souvent de fondations lourdes. Au niveau fabrication, c'est de plus un plancher qui utilise moitié moins d'énergie par rapport à un plancher béton traditionnel. Il est même possible d'intervenir en rénovation ou en réhabilitation : nous pouvons conserver le solivage bois et le plafond existants, et travailler sur cette base.

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Frédéric Villiers

Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
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