En ce moment En ce moment

Paul Duphil (OPPBTP) : "L'essentiel des progrès est avant tout dû au matériel et aux matériaux"

Publié par le - mis à jour à
Paul Duphil (OPPBTP) : 'L'essentiel des progrès est avant tout dû au matériel et aux matériaux'

Quel bilan en matière de prévention santé et sécurité dans le bâtiment et les travaux publics ? Les réponses de Paul Duphil, directeur général de l'OPPBTP.

Je m'abonne
  • Imprimer

Interview réalisée avant la crise du Covid-19

L'innovation et les évolutions technologiques ont-elles un impact en matière de sécurité sur les chantiers?

Paul Duphil: C'est un vent nouveau autour de l'innovation qui souffle sur le BTP, dans tous les secteurs d'activité et toutes les tailles d'entreprise. L'innovation était partout présente cette année au Mondial du Bâtiment. Ce qui va de pair avec l'innovation, ce sont des interrogations sur la manière de faire évoluer les pratiques, d'apporter du nouveau dans la relation client ou de répondre aux enjeux de la rénovation thermique du bâtiment ? Cela amène un état d'esprit de recherche, vraiment porteur de capacités nouvelles pour la profession.

Sur quoi portent principalement ces innovations?

À l'OPPBTP, nous avions partagé cette conviction il y a deux ans: l'essentiel des progrès est avant tout dû au matériel et aux matériaux. Les matériels, gros ou petits, qu'il s'agisse du processus de mise en oeuvre des matériaux (béton, préfabrication) ou du second oeuvre, sont devenus ultra-sécurisé, ce qui réduit très largement les conséquences de l'accident. L'allègement des matériaux et le développement des moyens de manutention mécanisés se traduisent aussi par une meilleure maîtrise du risque pro. L'innovation rend beaucoup plus sûr l'usage de ces outils, mieux contrôlés grâce à la miniaturisation et au faible coût des capteurs. C'est d'autant plus vrai que les engins sont gros car le coût relatif des systèmes de contrôle est plus faible. Le partage, que ce soit à travers des loueurs ou des applications mobiles facilitera la mise à disposition du bon matériel au bon moment pour les artisans.

"La recherche d'une meilleure performance au travers de meilleures techniques de construction et de meilleurs matériaux est porteuse d'un dynamique en faveur de la prévention."

Qu'est-ce qui peut changer la donne dans les chantiers?

Nous continuons à gagner en performance dans les échafaudages, qui sont plus légers. Les professionnels parlent beaucoup actuellement des EPI connectés, qui permettent au compagnon d'être équipé de capteurs automatiques de risques ou de systèmes d'alerte externes. Il existe de multiples solutions embarquées dans les vêtements, les casques, les engins ou sur les chantiers qui aident les personnels à gérer les enjeux de santé et de sécurité. À l'instar des applications santé sur son smartphone, des capteurs vont parler au compagnon de ses vibrations, des charges transportées, des déplacements... À l'avenir, la combinaison entre captation et analyse d'image permettra de faire de l'analyse de danger. Reste à constituer la base d'images analysées pour pouvoir mettre en oeuvre cette intelligence artificielle.

Le BIM peut-il contribuer à améliorer la sécurité?

Le BIM est un outil très prometteur. Il a déjà prouvé un grand nombre de capacités, plutôt sur des grands chantiers. Le premier bâtiment traité en BIM était la Fondation Vuitton. Aujourd'hui, il n'y a plus un grand projet qui ne soit pas traité en BIM. Certains artisans du second oeuvre commencent à s'y mettre, notamment sur des chantiers de moyenne importance (par exemple, pour le plan des réseaux électriques...). Grâce aux capacités de calcul et de modélisation qui évoluent très rapidement, le chemin qui reste à poursuivre va se faire plus rapidement que celui qui a été accompli jusque-là. Le BIM 4D permet de voir l'évolution de la construction au fur et à mesure du chantier avec l'inclusion d'informations qui contribuent à la planification du chantier lui-même. L'intégration des enjeux de santé-sécurité a commencé, comme l'identification automatique des zones où la chute est possible, et nul doute que cela va aller très vite.

"C'est une certitude, le BIM se démocratise à tous les types de chantier et cela va changer la donne en matière de santé et de sécurité, y compris pour les petites opérations."
Lire la suite en page 2
Je m'abonne

La rédaction vous recommande

Delphine Goater

Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
rédacteur en chef

La Lettre de la Rédac

Chaque semaine, l'essentiel de l'actu

Sur le même sujet