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Comment le numérique va changer le quotidien des artisans

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Par ailleurs, lors de la phase d'exploitation, le BIM est utile car il permet, au fil des informations délivrées par les différents acteurs, de constituer une véritable carte d'identité du bâtiment. De quoi optimiser l'entretien des constructions et anticiper les besoins en rénovation. Globalement, il permet une meilleure gestion des projets en introduisant plus de transparence sur les responsabilités et les actions effectuées par chacun. Dernier atout : il a vocation à diminuer les coûts de construction, notamment en réduisant les risques d'erreur.

"Un gain de temps et de précision"

Pierre Mas, plombier

Basé près de Toulouse, Pierre Mas, plombier-chauffagiste, utilise depuis un an environ un logiciel 3D - c'est l'étape de la maquette numérique et pas encore du BIM - afin de réaliser des études thermiques pour ses clients. " Le logiciel calcule la déperdition du bâtiment. C'est un gain de temps et de précision dans l'information " , explique le chef d'entreprise. Celui-ci souhaite aller beaucoup plus loin dans la simulation thermique dynamique et la communication avec les architectes lorsque les outils des fabricants seront " plus ergonomiques et adaptés aux problématiques des artisans " , c'est-à-dire, par exemple, lorsqu'ils développeront la compatibilité entre les différents formats utilisés dans les logiciels métier.

Pour l'heure, le plombier a investi 1 000 à 2 000 euros dans son logiciel et 1 000 euros pour se former, l'autre moitié de la formation étant prise en charge par le FAFCEA (le Fonds d'assurance formation des Chefs exerçant une activité artisanale). S'il n'a pas, à ce jour, rentabilisé son investissement, ce choix ­stratégique lui a permis de monter en compétences sur le numérique, d'apporter de la valeur ajoutée à ses clients ainsi que de donner une image de sérieux et de modernité de son entreprise.

Exemple de maquette 3D

Le BIM, combien ça coûte ?

Autant d'avantages qui seront également promis par le BIM - l'étape suivante - à condition toutefois d'y mettre les moyens. " Il n'y a pas forcément besoin d'investir dans un logiciel. Une application de visionnage peut suffire pour accéder aux spécifications de l'architecte ", tempère David Morales (Capeb). Une option qui, toutefois, ne permet pas d'enrichir soi-même le projet et qui n'est pas valable pour toutes les professions. En effet, si le plâtrier, lui, parvient aujourd'hui à s'en passer, il note que " dans le cas d'un menuisier, qui doit transmettre ses schémas à l'architecte pour qu'il puisse les intégrer à un intérieur, cela paraît davantage nécessaire ".

Certains logiciels open source, même sans offrir le même niveau de performance, peuvent déjà rendre service. Autrement, il faut compter plusieurs milliers d'euros : " 10 000 à 20 000 euros incluant le logiciel et le coût de la formation " , estime Souheil Soubra (CSTB), qui souligne également qu'" il faudra un accompagnement des pouvoirs publics pour éviter la fracture numérique " .

Le BIM, c'est pour quand ?

" Le BIM est en marche ", observe David Morales (Capeb). Pour Christine Le Brun (Meito), " le développement du BIM est à projeter sur au moins une dizaine d'années. Tout le monde va se mettre en ordre de bataille. Il y aura d'abord quelques gros chantiers exemplaires. Les professionnels du bâtiment ne seront pas les premiers concernés, mais les jeunes artisans, de plus en plus connectés, auront plus de facilité à s'y mettre. "

Un avis partagé par Gérald Le Bihan (Images et réseaux) : " Le BIM commencera sans doute par les constructions tertiaires, puis se démocratisera dans un second temps pour les maisons individuelles où pour l'heure, le besoin de continuum numérique [à chaque phase du projet, NDLR] est moins évident.

Et l'expert de poursuivre : Aujourd'hui, tout est là pour que cela arrive dans quelques années. Il faut développer l'acceptabilité du BIM auprès des acteurs. Montrer à ces derniers que ce ne sont pas des technologies destructrices mais que cela optimise leur efficacité. "

Drones : ce qu'ils peuvent vous apporter

Démonstration de vol de drone de la société Drone Volt à Batimat (Villepinte, novembre 2015)

Les drones, utiles pour prendre des photos originales, s'amuser, ou même espionner son voisin (une pratique interdite)... mais pas seulement. Ces petits robots équipés d'une caméra et pilotables via un smartphone, répondent également aux besoins des professionnels du bâtiment.

Ils peuvent, tout d'abord, faire des prises de vue en hauteur et ainsi apporter des informations complé­mentaires sur une construction, sous un angle peu commun. Pourvus des équipements adéquats (caméra thermique...), ils peuvent également réaliser des relevés topographiques ou encore mesurer la déperdition thermique des bâtiments. Objectif : optimiser la consommation énergétique du bâti et ainsi permettre aux propriétaires de réaliser des économies. De quoi convaincre les professionnels de se pencher sérieusement sur la possibilité de recourir à ce robot en plus de leurs outils traditionnels.

Reste cependant un problème, et de taille : la législation demeure assez floue sur le sujet. Le survol de bâtiments requiert des autorisations, de même que celui de l'espace public, à obtenir auprès des préfectures. " Cela met trois semaines dans ma région " , détaille Joris Pierret, fondateur en décembre 2014 de Flytec Drone, une start-up rémoise spécialisée dans la collecte d'informations par drone pour les entreprises.

À l'aide de ses deux engins, il propose aux entreprises de survoler leurs sites afin de collecter des informations utiles. " Je travaille notamment avec des sites industriels, par exemple des raffineries, pour en faciliter l'inspection. J'ai également collaboré avec un Intermarché de l'Aisne qui souhaitait des images en vue, d'une part, de demander un permis de construire et, d'autre part, de réaliser un film promotionnel pour l'entreprise " , illustre l'entrepreneur.

Autant d'usages que les pros du bâtiment pourraient explorer pour gagner en qualité dans la gestion de la construction.

Découvrez en page 3 comment les objets connectés investissent le secteur du bâtiment

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Amélie Moynot

Amélie Moynot

Journaliste

Journaliste depuis 2009, j’ai rejoint la rédaction de Commerce Magazine, Artisans Mag’ et Chefdentreprise.com en 2015. Mes domaines de prédilection : [...]...

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Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
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