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Les TMS, le mal du siècle en entreprise ?

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Plus efficaces mais plus chers, les bureaux assis-debout sont pour l'heure plutôt réservés aux cadres. Mais ils devraient se démocratiser bientôt. Leur plan de travail sur crémaillères peut être positionné à des hauteurs différentes, ce qui permet de travailler tantôt assis dans son fauteuil, tantôt debout. Une excellente manière de lutter contre les dangers d'un travail sédentaire. Tout comme l'aménagement de petits espaces de convivialité, où il est possible non seulement d'échanger avec ses collègues mais aussi de bouger.

Hygiène de vie

"Il faut continuer à évangéliser sur les questions de prévention mais ça ne suffit pas, estime Frédérik Ughetto (Santé Partners). Une entreprise peut acheter les meilleurs équipements du marché, mais si son management est anxiogène, ça ne servira à rien. Avoir mal au dos, c'est aussi lié à la charge de travail et à l'ambiance. Quand on est mal dans sa tête, on ne peut pas être bien dans son corps. Et, dans le tertiaire, je considère que les TMS sont presque la conséquence des risques psychosociaux."

L'idéal? Un manager qui accorde autant d'importance aux questions de performance qu'à la prévention. Qui ne conduira pas une réunion de chantier sans questionner le matériel et l'organisation. Qui veillera aussi à équilibrer de manière raisonnable les charges de travail au sein d'un bureau, pour assurer la cohésion du groupe et sa dynamique. Et qui amènera enfin ses collaborateurs à s'interroger sur leur hygiène de vie en dehors du cadre professionnel. Un point essentiel et pourtant parfois difficile à aborder.

"Le travail n'explique pas tout, insiste Yannick Benet. Les habitudes alimentaires, le fait de fumer et de boire ou non, la manière dont on se lève et dont on s'étire... Tout ça joue beaucoup. Sinon, à conditions de travail égales, tout le monde souffrirait de TMS, ce qui n'est pas le cas..." Et pour provoquer une prise de conscience chez ses salariés sans les froisser, le mieux est encore de faire appel à un professionnel de santé, pour éviter d'ajouter du trouble aux troubles.

Témoignage

Domitille Decottegnie, codirigeante de l'entreprise Decottegnie

"L'investissement s'inscrit sur le long terme"

Domitille Decottegnie se souvient du moment où elle a pris conscience de l'importance des TMS: "Il y a une dizaine d'années, nous avons connu plusieurs accidents du travail et nous avons dû procéder à des licenciements pour inaptitude. Pour un chef d'entreprise, laisser quelqu'un au bord du chemin, c'est toujours un échec..." Avec son époux, qui dirige cette entreprise familiale de BTP de la région lilloise, Domitille Decottegnie s'est donc engagée dans une politique de prévention ambitieuse. Chaque chantier fait l'objet d'une préparation minutieuse et les salariés sont invités à ­identifier eux-mêmes les situations à risque. Le travail a été mécanisé au maximum, l'entreprise ayant lourdement investi dans le matériel : plateforme élévatrice, treuils, nacelles, échafaudages plus légers... "Lorsqu'on sait que le travail sera répétitif, on double les équipes sur la même tâche, poursuit la dirigeante. Comme la sécurité ne suffit pas, nous faisons intervenir un ostéopathe dans l'entreprise, à nos frais. Ça prend du temps, coûte de l'ar­gent, mais c'est un investisse­ment à long terme. Nous avons à présent un turnover très faible." Sa grande fierté est d'avoir monté dans ­l'effectif un noyau dur sensibi­lisé à la question, qui "tire maintenant tout le monde vers le haut".

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Joël Rumello

Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
rédacteur en chef

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